Nombre total de pages vues

mardi 23 août 2016

DTPE 12: Michel Moutot prix des lecteurs Points


Créé en 2013, le prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points vient de révéler le nom du lauréat de la quatrième édition.

La sélection
  • "Les Partisans", Aharon Appelfeld
  • "Retour à Little Wing", Nickolas Butler  
  • "Scipion", Pablo Casacuberta
  • "Academy Street", Marie Costello
  • "Le cœur du pélican , Cécile Coulon 
  • "Passent les heures", Justin Gakuto Go
  • "La route de Beit Zeira", Hubert Mingarelli
  • "Ciel d'acier", Michel Moutot
  • "Hérétiques", Leonardo Padura
  • "Métamorphoses", François Vallejo
  • "Les Réputations", Juan Gabriel Vásquez
  • "La vie amoureuse de Nathaniel P.", Adelle Waldman


Le lauréat est Michel Moutot, pour "Ciel d'acier" (Arléa, 2015, Points, 2016, 442 pages). Un très beau premier roman se déroulant autour des tours jumelles du World Trade Center à deux époques: leur déblaiement après les attentats du 11 septembre, dans l'espoir d'abord d'y retrouver des rescapés, et leur construction dans les années 1960. Le pont? Les Indiens Mohawks, ces géniaux "ironworkers" qui découpaient et rivetaient l'acier comme insensibles au vertige, et le narrateur, John LaLiberté qui est un de leurs descendants. Bien sûr, ceci n'est que l'ossature de ce roman fouillant le passé, le présent et les âmes. A noter que c'est la première fois qu'un livre écrit en français est récompensé.

Pour lire le début de "Ciel d'acier", c'est ici.

Les lauréats précédents
  • 2013 David Grossman, "Une femme fuyant l'annonce"
  • 2014 Steve Tesich, "Karoo"
  • 2015 Joyce Carol Oates, "Mudwoman"

Michel Moutot.
"Ciel d'acier" est un très beau roman, une vaste fresque prenante,  mais ce n'était pas mon préféré, puisque, oui, j'étais cette année jurée du prix du Meilleur roman des lecteurs de Points  (40 lecteurs et 20 libraires). J'ai reçu les douze livres sélectionnés par l'éditeur et je les ai lus entre janvier et juin. Une expérience très intéressante.


Mon livre préféré de la sélection était "La route de Beit Zera", d'Hubert Mingarelli (Stock, 2015, Points, 2016, 157 pages), une exploration très originale du thème du conflit israélo-palestinien, qui montre les souffrances et les blessures des deux parties. Mais mon cœur a longuement balancé entre celui-ci et "Le cœur du pélican", de Cécile Coulon (Editions Viviane Hamy, 2015, Points, 2016), le destin brutal d'Anthime sur fond de course à pied et dans un ton sans concession. Sans oublier le remarquable "Retour à Little Wing" de Nickolas Butler (Autrement, 2015, Points, 2016). Voilààààààààà!

Le détail des 60 voix
  • "Ciel d'acier", Michel Moutot: 15 voix
  • "Hérétiques", Leonardo Padura: 12 voix
  • "Le cœur du pélican", Cécile Coulon: 7 voix
  • "Retour à Little Wing", Nickolas Butler: 6 voix
  • "Academy Street", Mary Costello: 6 voix
  • "Les Réputations", Juan Gabriel Vásquez: 4 voix
  • "Scipion", Pablo Casacuberta: 4 voix
  • "La route de Beit Zeira", Hubert Mingarelli: 3 voix
  • "Passent les heures", Justin Gakuto Go: 2 voix
  • "Métamorphoses", François Vallejo: 1 voix
  • "La vie amoureuse de Nathaniel P.", Adelle Waldman: 0 voix
  • "Les Partisans", Aharon Appelfeld: 0 voix

Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.
DTPE 6: "L'enjoliveur", Robert Goolrick (Anne Carrière).
DTPE 7: "Eurêk'art!", Philippe Brasseur (Palette...).
DTPE 8: livres d'art pour enfants.
DTPE 9: "Elvis Cadillac", Nadine Monfils (Fleuve) et "Agatha Raisin", (M.C. Beaton, Albin Michel).
DTPE 10: "Blood Family", Anne Fine (l'école des loisirs) et "Sauveur & Fils saison 1" de Marie-Aude Murail (l'école des loisirs).
DTPE 11: "Mariages de saison", Jean-Philippe Blondel (Buchet-Chastel) et "Bel-Ordure", d'Elise Fontenaille (Calmann-Lévy).





mercredi 17 août 2016

DTPE 11: amour, passion, mariage, rupture

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Jean-Philippe Blondel et Elise Fontenaille.


L'été, le temps de l'amour, la saison des mariages comme le rappelle Jean-Philippe Blondel dans son dernier roman en date, le bien nommé "Mariages de saison" (Buchet-Chastel, 184 pages). Un livre sorti en début d'hiver - comme le précédent, en meilleure adéquation chronologique, "Un hiver à Paris", lire ici - mais qui se déroule en été,  le bon moment pour les unions, l'été 2013 précisément. Un joli roman à la Blondel, doux-amer, provincial comme on aime, léger et évidemment bien plus profond qu'il n'y paraît.

On y suit Corentin, 27 ans, qui reprend comme chaque été son emploi de vidéaste de mariage, en duo avec son parrain Yvan, photographe professionnel. Le temps de cinq week-ends, de cinq cérémonies, on va suivre ces deux hommes que vingt-cinq ans séparent (ou réunissent) et le petit monde des noces qu'ils accompagnent par leur présence et leur travail. En contre-point, des témoignages de proches de Corentin. L'écriture est toujours prenante, et les personnages qui apparaissent intéressants pour leur part d'humanité. Cette année-là, les questions des futures mariées semblent plus troubler Corentin, qui n'est pas très loin dans son cheminement personnel. Amours, boulot, famille, tout semble en attente chez ce gros bébé qui va ici saisir la chance de se poser les bonnes questions et d'y répondre. Bien sûr, Yvan fera partie des questions et des réponses.

"Mariages de saison" est finement construit entre descriptions et récits à la première personne, tendant des ponts entre passé, présent et futur, tant auprès du duo principal que des protagonistes croisés le temps d'un vin d'honneur, d'une messe ou d'une danse endiablée. Jean-Philippe Blondel nous amuse par sa manière de décrire les cérémonies nuptiales autant qu'il nous remue en allant au fond de ses personnages. Au scalpel mais avec empathie. Il est et restera un fin scrutateur de l'humain, qu'il soit côté Corentin ou côté Yvan, doublé d'un narrateur doué. Un treizième roman composé au son d'une musique dont, pour la première fois, l'auteur a oublié le titre.


Avec un titre tel que "Bel-Ordure", on sait qu'Elise Fontenaille ne nous raconte pas une histoire d'amour mais une séparation tragique car encore teintée de passion. Une histoire qu'elle a vécue, qui est presque finie; "Ce livre est de l'autofiction", me disait-elle. "Une histoire récente, où je suis encore." On perçoit l'urgence qu'elle a eue à la poser sur le papier: "L'écrire était pour moi une évidence, une nécessité vitale." Cet homme, surnommé Adama, a été une aventure amoureuse humaine et littéraire. Son livre "le plus abouti", en dit-elle à raison.

Il est grand, elle est petite. Il est mince et musclé, elle a plutôt des formes. Il est Noir, elle est Blanche. Il aime la chaleur, elle n'allume jamais le chauffage. Ils vont se croiser et cela va faire boum. Un grand boum. Une passion longue de neuf mois qu'on va suivre chronologiquement dans ces pages enlevées. Jusqu'à la chute et aux lendemains qui déchantent. "J'ai écrit le livre de manière chronologique", poursuit Elise Fontenaille. "Cela s'est fait naturellement, c'était une évidence, tout jaillissait, les mots, les titres des chapitres, tout coulait de source. J'ai connu un grand bonheur d’écrivain. J'espère qu'à mon plaisir d’écrire correspond le plaisir de lire."

"Bel-Ordure" est un livre magnifique, prenant, émouvant, où on ne se demande jamais pourquoi Eva s'est laissé piéger. On la comprend, on la suit, on admire ses choix, dont celui de vivre cette passion. Mais on sait que si elle est honnête dans ses sentiments, Adama ne l'est pas tout le temps. Eva le savait aussi: "J'ai toujours su ce que j'allais dire. Ce livre est la chair de ma chair. Adama est dans une spirale sans fin entre alcool, bars, fête qui ne finit jamais. Une spirale avec des faces cachées aussi. J'ai été fascinée par lui. Un amour pur, incontrôlable. Une passion. C'est infernal, on est dépossédé de soi-même, il me fallait donc faire ce livre. Mais un beau roman d'amour n'est-il pas forcément tragique?"

Le récit ne laisse pas indifférent tant il scrute avec finesse les sentiments et les émotions "C'est la première fois que j'ai de la tendresse pour mes lecteurs adultes comme j’en ai pour mes lecteurs jeunesse", ajoute la romancière qui se partage entre public jeunesse et public adulte. "Je ressentais la nécessité du don, du partage. Je voulais que les lecteurs ressentent cet amour-là. Le livre peut être l’écho d’histoires personnelles. Tout le monde a une passion dramatique enfouie..."

Pour feuilleter le début de "Bel-Ordure", c'est ici.


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.
DTPE 6: "L'enjoliveur", Robert Goolrick (Anne Carrière).
DTPE 7: "Eurêk'art!", Philippe Brasseur (Palette...).
DTPE 8: livres d'art pour enfants.
DTPE 9: "Elvis Cadillac", Nadine Monfils (Fleuve) et "Agatha Raisin", (M.C. Beaton, Albin Michel).
DTPE 10: "Blood Family", Anne Fine (l'école des loisirs) et "Sauveur & Fils saison 1" de Marie-Aude Murail (l'école des loisirs).









mardi 9 août 2016

DTPE 10: la Manche entre 2 auteures pour ados

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.


Anne Fine et Marie-Aude Murail.

J'aime assez le principe de répétition à variable. Le post précédent présentait deux auteures de romans policiers, pour adultes, demeurant de part et d'autre de la Manche. Aujourd'hui, encore la Manche en trait d'union mais entre deux excellentes auteures de romans pour ados, la Britannique Anne Fine et la Française Marie-Aude Murail. Sortis à six mois d'intervalle, leurs derniers romans en date sont de pures merveilles, lumineux, chacun dans leur genre. Ils ont en commun le fait qu'on les dévore, cloué à leurs pages intenses, et qu'on se sent infiniment plus riche après les avoir lus. Les deux abordent l'enfance en souffrance.


C'est début novembre 2015 que j'ai lu "Blood Family", le nouveau roman d'Anne Fine (traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Dominique Kugler, l'école des loisirs, 2015, 341 pages). Il m'avait complètement épatée par sa construction et bouleversée. J'avais immédiatement écrit un mail à son auteure pour lui dire toute mon admiration et la remercier pour ce texte admirable. Et puis, l'actualité avait pris toute la place pendant plusieurs semaines...

J'avais toujours en tête l'histoire d'Edward, ce gamin de sept ans que les services sociaux britanniques libèrent de la prison quart monde où il vivait depuis toujours avec sa mère, dominée par un homme alcoolique et violent, brutalisée au point d'en devenir folle. Une histoire comme les faits divers des journaux en rapportent régulièrement dans leurs petites lignes et qui prend ici toute sa réalité humaine.

La magie de ce livre tient dans la force de résistance qu'on découvre chez le jeune Eddie - il ne reprendra son prénom que plus tard - et son intelligence. Ce petit bonhomme s'est éduqué grâce aux émissions de télévision pour enfants de Mr Perkins, qu'il regardait en cachette avec sa mère: l'animateur télé est devenu un repère pour ce pauvre gamin ignoré de tous. Quand les services sociaux mettent un terme à son calvaire, ils découvrent un enfant terriblement abîmé mais pas éteint. Mr Perkins l'a en partie sauvé, pas physiquement puisque Eddie a subi de nombreux sévices corporels, mais mentalement en lui faisant utiliser son cerveau, sa raison, petite fenêtre vers ailleurs dans son isolement total. En lui chantant notamment une chanson disant que "quand on serait grands, on pourrait faire ce qu'on voudrait; à une condition: qu'on ait la volonté d'y arriver".

Ce qui est véritablement superbe dans "Blood Family", c'est qu'Anne Fine a choisi d'écrire un roman à plusieurs voix, évitant ainsi les descriptions tragiques. Les différents intervenants donnent leur part de l'histoire et le lecteur assemble les pièces du puzzle, réalisant combien une chose peut être vue différemment. Pas besoin d'en rajouter. Les témoignages des uns et des autres suffisent. Tout au long des chapitres, le nom du narrateur précède son texte: Eddie puis Edward, Betty, la voisine qui a déclenché l'intervention policière, Martin Tallentine, agent de police, Dr Ruth Matchett, Robert Reed, le travailleur social qui va suivre Edward de bout en bout, Linda Radlett, l'assistante familiale en charge du dossier, etc., jusqu'aux différentes familles d'accueil où Edward va séjourner avec plus ou moins de bonheur. Ces différentes interventions servent excellemment le propos du livre.

La romancière suit son personnage de bout en bout. Elle  recompose petit à petit le passé qu'il ne maîtrise pas vraiment, son présent de résilient et son futur d'enfant ignorant qui est son père et forcé de vivre avec l'idée que sa mère n'a pas su le protéger, une "Blood Family" qui se transformera en bombe. On va passer plusieurs années en compagnie d'Edward, jusqu'au-delà de son adolescence, terriblement difficile, où les démons du passé se montrent insistants, où les liens du sang refont surface. Le roman prend évidemment aux tripes par son sujet mais c'est surtout l'écriture d'Anne Fine, juste, précise, sans esquive, qui donne toute leur qualité à ces pages magnifiques. En nous racontant Edward, elle ne choisit pas une voie facile, mais elle réussit totalement son entreprise. Pour ados et adultes.


L'autre roman pour ados qui m'a vraiment séduite ces derniers temps, c'était vers le printemps, au moment d'autres actualités funestes, est "Sauveur & Fils" de Marie-Aude Murail (l'école des loisirs, 329 pages) avec un cobaye tellement mignon en couverture que sa cousine germaine baguenaude maintenant dans mon jardin. Il faut vite lire cette formidable "saison 1" car la "saison 2" arrive et la "3" est en phase finale: "Marie-Aude a attaqué la saison 3", me disait il y a quelques mois un de ses proches, "et je ne l'ai jamais vue dans une telle urgence d'écrire. La saison 2 devrait paraître à la rentrée et la saison 3 sans doute au printemps 2017."

Cette nouvelle saga met en scène Sauveur Saint-Yves, un bien prénommé psychologue clinicien. Il habite et travaille à Orléans mais est originaire de la Martinique, ce qui occasionne quelques surprises lors de premiers rendez-vous pris par téléphone. L'Antillais passe sa vie à sauver celles de ses patients, surtout des adolescents, mais ne voit pas que son propre fils aurait aussi besoin d'être aidé. Car Lazare, huit ans et métis, a entre autres plein de questions sur son passé, du temps où sa maman était encore de ce monde. Pas de chance, Sauveur est muet à ce sujet... Alors que l'individu bizarre qui rôde autour de lui et de son père pourrait bien être en lien avec les années-là là-bas.

La "saison 1" court de janvier 2015 à mars 2015. De longs chapitres découpent le texte très agréablement dialogué en semaines. Longs car il s'en passe des choses chez Sauveur et son fils. Il y a d'abord les patients du psychologue, une série d'adolescents en mal de vivre qui se scarifient, font de la phobie scolaire, des scènes, des fugues, souffrent du divorce de leurs parents ou de leur remariage... et se racontent à Saint-Yves dont on découvre la formidable écoute et le sens relationnel, la diplomatie ainsi que la finesse de jugement. Est-ce sa stature, il mesure 1,90 m et pèse 80 kilos, sa neutralité, il ouvre ses oreilles et ses yeux, est-ce un un don? Il déstresse ses patients les plus rétifs, les débloque, les retourne, leur fait même adopter des bébés hamsters. On suit leurs démêlés avec ardeur et on voit que la lumière est souvent au bout d'un chemin fait de mots à prononcer et à entendre.

On assiste avec attention aux consultations du Dr Saint-Yves. Marie-Aude Murail a une telle humanité dans sa façon de raconter, une telle humilité aussi. Ses personnages prennent toute la place, effaçant quasiment l'auteure. Tout le champ de la souffrance (pré-)adolescente s'entend dans le cabinet de la rue des Murlins. On découvre en même temps que Sauveur ses patients, leur détresse mais aussi celle de leurs parents, ou leur aveuglement. Le livre serait déjà intéressant par cette seule analyse courageuse de l'adolescence en souffrance, mais il acquiert toute sa dimension romanesque quand le lecteur s'aperçoit qu'il en sait plus sur Lazare que son propre père! Car le fiston métis nous est conté, à nous, lecteurs, en parallèle aux séances psy. Il a de nombreuses questions sur tout et trouve son propre chemin pour obtenir des réponses. Pas le meilleur sans doute, mais celui qui est à sa portée. Sans que son père aussi disert avec ses patients qu'il est muet sur leur passé commun ne s'en doute. Le titre prend toute sa valeur: "Sauveur & FILS"... C'est bien l'histoire de deux personnes. Sacré petit Lazare, partagé entre sa fibre altruiste et ses propres anxiétés! Entre les deux générations, un patient hébergé provisoirement mettra aussi du piment dans le quotidien. Bien entendu, l'élément féminin n'est pas oublié mais il serait dommage de limiter cet excellent roman à son résumé. Il est bien plus que cela, un récit touchant et prenant, plein de rebondissements et de mystères, de secrets et d'humour, d'humanité et d'amour, habilement construit et écrit pour qu'on ne le lâche pas - sans que se voient les coutures. A la fin, on est enchanté par ce qu'on a expérimenté et découvert et, bien sûr, prêt pour les deux tomes suivants annoncés. Pour ados et adultes.


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.
DTPE 6: "L'enjoliveur", Robert Goolrick (Anne Carrière).
DTPE 7: "Eurêk'art!", Philippe Brasseur (Palette...).
DTPE 8: livres d'art pour enfants.
DTPE 9: "Elvis Cadillac", Nadine Monfils (Fleuve) et "Agatha Raisin", (M.C. Beaton, Albin Michel).






jeudi 4 août 2016

DTPE 9: la Manche entre 2 sagas policières

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Bon, il n'est pas vraiment besoin de présenter Nadine Monfils, auteure notamment  de polars et même de polars belges comme le rappelle son dernier livre, le décoiffant (rapport à la banane) "Elvis Cadillac", sous-titré "King from Charleroi" (Fleuve éditions, 240 pages). Sera-t-il le successeur de Mémé Cornemuse, autre héroïne récurrente? En tout cas, il ne passe pas inaperçu, le nouveau héros de la mère Monfils, promis lui aussi à d'autres aventures! Tout chez lui est inspiré par Elvis, dont il se veut le sosie. De la bagnole à la chienne dénommée Priscilla...

Mais le rapport avec le polar? J'y viens! Notre Elvis, né à Charleroi mais vivant à Bruxelles, doit chanter au cours de la fête d'anniversaire des 80 ans d'une vieille châtelaine, un peu à l'écart de la capitale, à Tourinnes-Saint-Lambert précisément, en plein Brabant wallon. Et c'est là que les choses vont se corser car un crime y sera commis. Qui est le coupable? Quel est le motif? Qui sont tous ces invités? N'ont-ils pas tous quelque chose à cacher? Nadine Monfils nous promène dans son intrigue avec sa verve incroyablement belge, son sens de l'observation et de l'intrigue, ses leçons de vocabulaire local et ses jeux de mots à trois balles. Mais tout se tient dans ces pages bien remplies,  parfois proches d'une conversation, truffées d'anecdotes contées moult détails en patois local (des notes de traduction figurent à la fin de chaque chapitre).

"Elvis Cadillac" se lit avec beaucoup de plaisir si on s'y laisse embarquer, la romancière ayant de nombreux tours dans son sac pour ferrer ses lecteurs et ne les lâcher que passée la ligne d'arrivée. On aura fait un chouette bout de chemin dans le quartier des Marolles de Bruxelles, mieux connu sous le nom de Marché aux puces, et de ses habitants particulièrement bien croqués. On s'amuse bien avec ce King, en mal de mère évidemment et qui va non seulement dénouer l'intrigue de l'histoire mais la sienne propre. Un bon moment de détente.


Venues de l'autre côté de la Manche, deux enquêtes d'Agatha Raisin, l'héroïne détective qu'a créée M.C. Beaton, "La quiche fatale" et "Remède de cheval" ("The Quiche of Death" et "The Vicious Net", traduit de l'anglais pas Esther Ménévis, Albin Michel, 320 et 268 pages). A noter qu'ils ont été publiés en 1992 et 1993 et nous parviennent aujourd'hui sans doute parce que France 3 en a acheté l'adaptation télévisée.

Néanmoins, ces deux livres s'avèrent extrêmement plaisants à lire pour peu qu'on soit fan d'Agatha Christie plutôt que de polars noir de noir. Agatha Raisin se révèle extrêmement attachante en self-made woman quinquagénaire qui a vendu sa florissante entreprise de communication londonienne pour s'acheter le cottage dans les Cotswolds dont elle rêvait depuis toujours et s'y reposer. S'y reposer?

Mais voilà, la vie de village n'est pas celle de Londres et Agatha Raisin vit assez difficilement cette confrontation entre l'accomplissement de son rêve et sa réalité pratique. Est-elle sortie du milieu du travail pour participer aux réunions du comité des femmes local? A-t-elle troqué ses responsabilités pour ne plus commander que sa femme de ménage? Va-t-elle abandonner ses plats surgelés pour le lancer en cuisine? Si les expériences d'Agatha Raisin sont déjà plaisantes à découvrir et on s'amuse de ce qu'elles aient déjà vingt ans, elles se pimentent par le fait que l'héroïne a un cœur d'artichaut et se verrait bien vivre une aventure sentimentale dans son nouveau lieu de vie. L'autre piquant de ses aventures étant évidemment l'apparition d'un cadavre par livre. Dans "La quiche fatale", le premier de la série, il s'agit d'une mort mystérieuse qu'Agatha Raisin ne peut considérer comme naturelle. Elle va se lancer dans une grande enquête envers et contre tous, et surtout contre la police locale qui n'aime guère la voir fouiller partout. Dans "Remède de cheval", il est clair que le vétérinaire a été assassiné, mais par qui? That's the question! Voilà de nouveau du boulot pour la nouvelle villageoise qui a aussi un nouveau voisin qui l'intéresse beaucoup.

Les deux livres sont agréables et distrayants. Quelle quinqua que cette Agatha soucieuse de son apparence, qui fume comme un pompier et a le coude léger. Elle a une forme d'honnêteté qui la rend touchante et brosse un portrait peu convenu de la vie de village. M.C. Beaton soigne ses intrigues en les ancrant dans la société, avec intelligence et humour, tout à fait dans la ligne d'Agatha Christie. Les enquêtes sont celles de détectives amateurs, car Agatha se fait chaque fois aider, mais combien volontaires et courageux. Une belle découverte.


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.
DTPE 6: "L'enjoliveur", Robert Goolrick (Anne Carrière).
DTPE 7: "Eurêk'art!", Philippe Brasseur (Palette...).
DTPE 8: livres d'art pour enfants.






samedi 30 juillet 2016

DTPE 8: quand l'art exalte l'imagination (bis)

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Hier et aujourd'hui, une salve d'albums pour enfants qui jouent avec l'art. De quoi s'ouvrir le regard, s'émerveiller et  aussi s'amuser entre petits et grands.


La ligne à suivre


C'est en 1994 que Hervé Tullet est apparu en littérature jeunesse avec l'album à trous "Comment Papa a rencontré Maman" (Hachette Jeunesse) qui sera suivi l'année suivante de "Comment j'ai sauvé mon Papa" (Hachette Jeunesse); les deux titres seront ensuite repris au Seuil Jeunesse qui  devient son éditeur principal pendant dix ans, avant qu'il ne passe logiquement chez Panama et se disperse un peu ensuite. L'artiste se fait immédiatement remarquer par son graphisme moderne et joyeux, déclinant les formes simples et les couleurs vives, et bien entendu le plaisir et l'humour.

Revoilà Hervé Tullet aujourd'hui avec le délicieux "On joue?" (Bayard Jeunesse, 64 pages). Un moyen format carré qui propose à l'enfant lecteur de jouer avec le livre (et avec l'auteur). C'est un point jaune posé sur une mince ligne noire qui s'adresse à lui: "Hé, te voilà! Je commençais à m'ennuyer... On joue?" Les présentations faites, on passe aux choses sérieuses: "Appuie sur le coin en haut à droite et je vais y aller." En double page suivante, le point jaune a effectivement changé de place. Les consignes se succèdent, toujours agrémentées de l'une ou l'autre considération personnelle et de jeux avec la fine ligne noire qui ondule et fait même les montagnes russes.

L'enfant fera changer les points jaunes de couleurs, participera à un jeu de cache-cache, explorera des lieux inquiétants, utilisera des formules magiques... Une séance de jeu totale, jubilatoire et magique, preuve que de simples points de couleur posés sur le papier créent une ambiance extraordinaire sans appel à l'électronique. Dès 2 ans.


45 points à trouver


Pas de ligne dans le livre animé d'Andy Mansfield, "Histoires de points" (traduit de l'anglais, Seuil Jeunesse, 24 pages), mais des points peints de toutes les couleurs, chaque couleur correspondant à une consigne; "prends" pour le mauve, "pousse" pour le vert, "tourne" pour l'orange... Mais il y a aussi 45 points à trouver dans les consignes présentées en animations de papier. La première est facile: "Trouve 1 point rouge"; il est caché sous des rabats à  plier. Mais à chaque page, il faut en trouver davantage: 2 points orange (en effectuant des pliages dans le bon ordre), 3 points roses, 4 points verts....

Les casse-têtes variés utilisent des roues, des tirettes, des miroirs, des éléments qui se déploient. C'est beau et intelligent, faisant appel à la logique du lecteur tout en éveillant son sens artistique. A partir de 4 ans.


Créations en 3D


David A. Carter n'est plus à présenter tant il a créé de nombreux livres pop-up superbes ("Un point rouge", "Carré jaune", "2 bleu", "600 pastilles noires" chez Gallimard, "Cache-cache" et "Le livre à pois" chez Albin Michel, etc.). Le revoici avec un album qui n'est pas un pop-up mais une série de six "Puzzles 3D" de couleurs vives à assembler pour créer des géométries en relief ou des sculptures originales en mélangeant les pièces.

En face des pièces à détacher dont les découpes à assembler sont indiquées par des flèches, un petit texte sur les formes et les couleurs. Heureusement la quatrième de couverture donne la photo des puzzles assemblés. De quoi créer une sphère, un cube, une pyramide, un pavé, un cylindre, un cône, à l'aide de cercles, de triangles, de rectangles et de pavés. Ou tout ce qu'on veut en utilisant les découpes autrement. Fabuleux, non? Attention toutefois à bien replacer les pièces dans les encoches des pages pour ne pas les perdre. Dès 5 ans.


Découvrir Piet Mondrian


Dans les mêmes couleurs que le précédent, mais en lignes à suivre, "Mondrian" de Claire Zucchelli-Romer (Palette, 13 pages animées) est un pop-up en accordéon qui propose une approche originale car visuelle et tactile de l'œuvre de l'artiste néerlandais. Ce bel album est un pop-up puisque des éléments apparaissent en relief quand on tourne les pages. Mais c'est un pop-up accordéon car chaque double page animée est la suite de la précédente et annonce la suivante, jusqu'à l'apothéose finale, en 3D, en lignes et en couleurs. Dépliée, la fresque est plus qu'impressionnante et permet de jouer avec le travail de Mondrian, lignes droites et couleurs vives. Pour tous.


Matisse en stéréo


Autre maître de la couleur, mais dans un autre style, Henri Matisse bien entendu. Deux albums s'intéressent à la période où le peintre inventa les papiers découpés.

"Monsieur Matisse" de Anne-Marie van Haeringen (traduit du néerlandais par Gabrielle Bourlionne, Sarbacane, 32 pages) raconte dans un style graphique épuré comment Henri Matisse inventa les papiers découpés parce qu'il n'était plus physiquement capable de peindre et que la création le démangeait. Il découpe alors des papiers de couleurs et demande à son assistante de les fixer au mur, là où il le lui indique. Il le fait à l'hôpital où il a subi une opération, il le fait chez lui à son retour.

Il fixe ses souvenirs, fleurs, fruits, coraux, algues, pris d'urgence: "et si toutes ces belles images disparaissaient de ma tête?" Dans sa chambre qui est désormais son lieu de vie, il continue à faire entrer le monde et à l'habiller de ses couleurs. Tout lui sert, même le courant d'air qui fait s'envoler la femme qu'il était en train de créer de ses ciseaux et qui retombe sur le sol, telle une sirène. De son lit, Matisse dirige la manœuvre, sur son échelle, son assistante suit les consignes. Il est heureux, il sculpte la couleur. Et les murs de sa chambre deviennent la toile d'un tableau géant et magnifique, un jardin où lui, l'escargot géant, se promène inlassablement.

L'album est illustré du superbe dessin géant "La Perruche et la Sirène". Incarné, il retrace à la fois la réaction d'un vieil homme face à la maladie qui le handicape et celle du peintre dont les œuvres ultimes ont été de plus en plus grandes, de plus en plus ambitieuses, de plus en plus gaies, et finalement de plus en plus fortes. Dès 4 ans.

C'est le même sujet qu'aborde "Le jardin de Matisse" de Samantha Friedman, illustré par Cristina Amodeo (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise de Guibert,  Albin Michel Jeunesse, 60 pages). Un album qui a pris le parti d'images découpées pour illustrer l'invention par Henri Matisse des papiers découpés, dans des feuilles de papier blanc dans un premier temps, coloré ensuite. Si l'ouvrage suit de plus près la démarche artistique du peintre que le précédent, il paraît toutefois moins vivant. La raison réside sans doute dans le choix de la technique d'illustration. N'est pas Matisse qui veut et le côté réaliste des images leur donne plutôt de la froideur et de la raideur. Par contre, le livre est illustrés de plusieurs œuvres du peintre, et cela, c'est un véritable bonheur. Dès 6 ans.


Passage à l'acte


Grand dessinateur, Serge Bloch invite les enfants à "muscler leur imagination" dans le manuel "3, 2, 1... dessin" (Bayard jeunesse, 80 pages). L'expression est peut-être un peu forte mais le propos est intéressant car il invite à regarder autrement les éléments quotidiens. Une aubergine devient une bestiole qui parle, une série d'asperges donne l'illusion d'une forêt, les cocottes-minute deviennent des "cocottes robotes", un bol permet de raconter l'histoire de ceux qui s'y installent... Et ce n'est qu'une partie des suggestions à propos de la cuisine. Les autres lieux de vie, salon, chambre à coucher, salle de bains, sans oublier la boîte à outils et le jardin, sont autant de tremplins pour l'imagination. En tout, ce sont 50 objets du quotidien qui sont photographiés et proposés au dessin de chacun, Serge Bloch en réalisant chaque fois un pour amorcer la pompe aux idées. Dès 5 ans.


En bref


"Haïti, une île sous le vent" de William Wilson (Gallimard Jeunesse/Giboulées, 48 pages).
L'histoire de cette île par un texte et surtout de surprenantes tentures en perles et paillettes. Dès 11 ans.

"Bonhomme d'art brut" de Lucienne Peiry (Editions Thierry Magnier, 28 pages).
Une invitation bilingue français-anglais à observer douze œuvres de Bill Traylor, Chaissac et Gaston Duf, et les techniques de l'art brut. Dès 4 ans.

"Sortie de joueur" de Sophie Daxhelet (A pas de loups, 48 pages).
Un homme biographique au Douanier Rousseau à New York par ses personnages et ses œuvres. Dès 8 ans.


Et pour se reposer les yeux....


... après tous ces tableaux, toutes ces couleurs, tout cet art, je recommande bien entendu  le "Livre sans images" de B.J. Novak (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Geneviève Brisac, l'école des loisirs, 52 pages). Un livre sans aucune illustration qui donne la réplique, et quelle réplique, aux "enfants qui trouvent que ce n'est pas drôle de se faire livre un livre sans images". Entre nous, ne parlons pas des adultes qui repoussent en général l'idée de lire aux enfants des livres sans textes...

Ici, le principe est simple, "tous les mots écrits dans le livre doivent être dits à haute voix par la personne qui fait la lecture", et jubilatoire puisque l'auteur glisse des mots bizarres ("Tchok"), des expressions curieuses ("Je suis un singe qui a appris à lire tout seul" ou "J'ai une tête remplie de pizza aux myrtilles") qui sont l'occasion d'autant d'interrogations et de commentaires. Les bizarreries sont en typographies variées et en couleurs vives, le texte "normal" en noir. C'est évidemment très rigolo vu l'engagement pris au début de tout lire, sans exception, et l'accumulation d'étrangetés. Un livre aussi dingo que rigolo. Dès 5 ans.

Pour le feuilleter, c'est ici.


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.
DTPE 6: "L'enjoliveur", Robert Goolrick (Anne Carrière).
DTPE 7: "Eurêk'art!", Philippe Brasseur (Palette...)




vendredi 29 juillet 2016

DTPE 7: quand l'art exalte l'imagination

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Aujourd'hui et demain une salve d'albums pour enfants qui jouent avec l'art. De quoi s'ouvrir le regard, s'émerveiller et  aussi s'amuser entre petits et grands.

Un décapsuleur créatif


Depuis plusieurs années, les éditeurs tentent de surfer sur le numérique. Bonne idée, s'ils évitent l'écueil du livre papier transposé en version numérique - ce qui est assez rare. Le numérique est-il nécessaire, sauf dans le domaine du documentaire où il apporte ses atouts? La question mérite d'être posée quand on parcourt "Eurêk'Art!, le livre-jeu du regard" que vient de publier le Belge Philippe Brasseur (Palette..., 64 pages). Un "décapsuleur créatif", en dit l'auteur. A raison! Et sans application pour tablette ou téléphone...

Que comporte ce grand format à reliure spirale dont toutes les pages sont coupées horizontalement et qui n'est pas un livre d'art comme les autres? Le haut des pages propose une sélection de trente tableaux célèbres et leur légende (peintre, titre, année, lieu de conservation) en regard. Le bas réunit trente consignes à appliquer, mais des consignes qui n'ont rien de scolaire. Comme les pages sont coupées en deux, cela permet 900 combinaisons. Exemples: j'ouvre le livre sur la "Naissance de Vénus" de Botticelli et sur la consigne "Vous avez le choix. Quelle partie de l'image préférez-vous?" Mais j'aurais très bien pu avoir "Golconde" de Magritte et "Les goûts et les couleurs: à votre avis, pourquoi l'artiste a-t-il choisi ces couleurs?" ou "L'Atelier rouge" de Matisse et "Cadeau! On vous offre cette œuvre, où allez-vous l'accrocher?"

Chaque page est coupée en deux. (c) Palette.

Oui, un Matisse à mes cimaises serait bien pour me plaire.

On le voit, il est plus question de s'amuser, de réfléchir, de s'affirmer que d'apprendre l'histoire de l'art pure et dure. Mais pour participer au jeu, il faut prendre le temps de regarder les images et de les décoder. Et il peut être très intéressant de confronter les réponses de plusieurs joueurs à la même question. De discuter, d'écouter l'autre et de s'affirmer soi sur ce beau terreau qu'est l'imagination quand elle s'appuie sur des œuvres d'art.

Les tableaux choisis parcourent tous les styles et toutes les époques: Picasso, Bosch, Dubuffet, Lucas Cranach, Miró, Friedrich, Klee... Les consignes dérouillent les sens mais aussi les émotions. Et en plus, on joue pour le plaisir sans qu'il n'y ait de perdant. Pour tous, à partir de 8 ans, y compris ados et adultes.

Pour mieux comprendre le principe de "Eurêk'art!", cette vidéo (ou cliquer ici).

video


A suivre demain


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.
DTPE 6: "L'enjoliveur", Robert Goolrick (Anne Carrière).


jeudi 28 juillet 2016

DTPE 6: Robert Goolrick concentré et illustré

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Robert Goolrick.

Préparer le prochain festival America (du 8 au 11 septembre à Vincennes), c'est se souvenir du précédent, il y a deux ans. J'avais eu le plaisir d'y animer entre autres un débat dont l'un des intervenants était Robert Goolrick à propos de son roman "La chute des princes" (lire ici et ici). Cette rencontre ne m'avait donné qu'une idée, vite lire les romans précédents de l'Américain.

C'est dire si découvrir un nouveau roman de lui m'a enchantée. "L'enjoliveur" ("Hubcaps", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville (sa traductrice attitrée), illustré par Jean-François Martin, Editions Anne Carrière, 68 pages) est un plaisant petit format sur beau papier qui tient dans la poche et se lit le temps d'un voyage en transports en commun ou d'une pause en salle d'attente. Bref mais concentré. Du Goolrick pur jus. Rafraîchissant de surcroît car il se déroule en plein hiver, un "matin givré de février", bribe d'enfance d'un auteur né en 1948.

"Robert Goolrick a développé un lien si fort avec ses lecteurs français", explique la maison d'édition Anne Carrière qui l'a révélé au public francophone en 2009, "qu'il a décidé d'écrire une nouvelle pour eux, rien que pour eux. Comme tout ce qu'écrit Goolrick, elle nous dit quelque chose de l’enfance. Et comme tout ce qu'il écrit, elle touchera chacun de vous au cœur. 
Nous l'avons trouvé si belle que nous avons décidé de lui offrir un écrin et d'en confier la couverture et les illustrations à l'artiste Jean-François Martin. La voici, grâce à lui, enjolivée."

Une allusion discrète au titre du roman de Goolrick qui, lui, fait référence à l'accessoire automobile d'hier. Il n'y a plus que le cinéma pour évoquer les séances hebdomadaires d'astiquage des roues des voitures. Et Robert Goolrick. S'il donne d'entrée de jeu autant de précisions, c'est que l'enjoliveur, qui ne se pratique gère plus, du moins dans sa version chromée étincelante, est au centre de ce récit plein de suspense et de surprises. Il expose comment les enfants d'hier avaient trouvé mille finalités aux enjoliveurs qu'ils récupéraient dans les fossés le long des routes. Un luxe de détails qui ferre le lecteur jusqu'à la phrase  "Mais toutes ces aventures d'enjoliveurs, aussi exaltantes fussent-elles, prirent fin le jour où l'un d'eux tenta de me tuer." Le narrateur avait cinq ans, la Buick de 107 chevaux de sa grand-mère le double.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Robert Goolrick a l'art de raconter et manie le teasing à la perfection. Il nous embarque dans son histoire, faisant des annonces qu'il noie dans d'exquis portraits de famille, dont principalement celui de sa grand-mère adorée. On le suit avec plaisir dans cette aventure familiale émaillée d'anecdotes savoureuses et complètement hors sujet ("Mais je m'égare", lit-on; "Permettez-moi une autre digression", un peu plus loin) que les illustrations de Jean-François Martin servent avec art.

L'écrivain finira bien entendu par aller au cœur de ce qu'il avait annoncé, comment un enjoliveur avait failli le tuer un matin tôt d'un jour d'hiver frisquet. Un accident qui ébranla chez lui des certitudes concernant sa mère qui ne trouveront confirmation que de très nombreuses années plus tard. Quel beau texte sur l'enfance et les vies d'adultes que cet "Enjoliveur", teinté d'amertume et d'humour, mené de main de maître!

Jean-François Martin a illustré le texte doux-amer de Goolrick. (c) A. Carrière.

Imprimé en France

Une dernière précision de l'éditeur, Stephen Carrière, sur le prix de ce livre: "L'objet et le prix: un certain nombre de libraires nous ont fait le reproche d'un prix trop élevé (12 euros) pour "L'Enjoliveur". Et ils ont par définition raison puisqu'ils soutiennent depuis longtemps l'auteur et que leur frustration est de ne pas mieux vendre l'objet. Le propos de ce message n'est donc pas débattre du prix mais juste de l'expliquer. "L'Enjoliveur" est une nouvelle originale réservée à la France, illustrée par un grand artiste français et surtout, imprimée en France. Je ne parlerai pas ici du coût d'un à-valoir, ni de la rémunération d'une traductrice et d'un illustrateur de grand talent. Ces investissements-là sont faciles à comprendre. Je voudrais insister sur autre chose. Parfois, nos livres seront un peu plus chers, d'un ou deux euros (en comparaison à d'autres de même format). Et toujours, toujours, nous choisirons d'imprimer en France. Parce que nous estimons que dans la chaîne du livre, les imprimeurs sont un maillon clé. Toute personne qui a visité une imprimerie, une fois dans sa vie, est repartie émerveillée comme un enfant après avoir vu les machines, mais surtout, avec un immense respect pour les artisans qui les conduisent. Peu savent à quel point l’imprimerie française est depuis de nombreuses années sous la pression de la concurrence internationale. S'il y a un travail qui mérite l'épithète "qualifié", c'est bien celui d'un homme ou d'une femme devant une roto, une cameron ou des polymères. "L'Enjoliveur" est donc, à notre plus grande fierté, comme tous nos livres, un objet "imprimé en France". De l'imagination de Robert Goolrick aux machines de l'imprimerie Clerc, c'est un objet qui a été élaboré avec beaucoup de soin. Son prix est d'un euro de moins que deux paquets de cigarettes, et même si Robert est un grand fumeur, il ne m'en voudra pas d'affirmer que son "Enjoliveur" est bien meilleur pour la santé."


Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).
DTPE 5: le lapin à toutes les sauces.


lundi 25 juillet 2016

DTPE 5: le lapin mis à toutes les sauces

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Les Aventures d'Alice au pays des merveilles - Lewis Carroll - Folio classiqueSi l'ours et le loup sont des figures-phares de la littérature de jeunesse, le lapin en est également un élément-clé - comme la souris mais c'est une autre histoire. On pense tout de suite au Lapin blanc d'"Alice au pays des merveilles" que Lewis Carroll faisait toujours courir parce qu'il était en retard - on sait aussi l'image qu'en a donné récemment Gilles Bachelet dans "Madame le lapin blanc" (lire ici).

On pense évidemment aussi à "Pierre Lapin" ("Peter Rabbit") de la délicieuse Beatrix Potter (1866-1943), inventé en 1893 et publié en 1902 - la Royal Mint (Monnaie royale) britannique le met à 'honneur avec une pièce de 50 pence qui lui est dédiée, créée cette année par la graphiste Emma Noble pour les 150 ans de la naissance de sa créatrice.

Sans faire de recherches, plein de longues oreilles me reviennent encore en mémoire: les "Petit Lapin" de Marie Wabbes, "Max" de Rosemary Wells, les lapins d'Olga Lecaye et de son fils Grégoire Solotareff, le "Petit Lapin" de Harry Horse, "Miffy" de Dick Bruna, ceux de Richard Scarry, de Claude Boujon, "Lulu" d'Alex Sanders, sans oublier ceux de Malika Doray (lire ici), Audrey PoussierKomako Sakai (lire ici) et bien sûr le "Simon" de Stephanie Blake.

Sans oublier évidemment les albums "L'île aux lapins" de Jorg Steiner (illustré par Jorg Müller, Duculot, 1978) et "Devine combien je t'aime" de Sam McBratney (illustré par Anita Jeram, traduit par Claude Lager, L'école des loisirs/Pastel,1994).

A noter que ressortira le 15 septembre le célébrissime roman de Richard Adams, "Les garennes de Watership Down" ("Watership Down", traduction de Pierre Clinquart, Monsieur Toussaint Louverture, 544 pages), qui a régalé des millions de lecteurs depuis sa sortie en 1972 et sa première traduction française en 1976.




Une belle série de nouveautés
A tous ces titres s'en ajoutent d'autres, sortis en 2016.

Le plus étonnant, le plus flashy aussi, est le numéro 8 de la revue grand format Billebaude, intitulé "Le lapin" (travail collectif coordonné par Anne de Malleray, Glénat, 96 pages, diffusion en librairies et sur abonnement). En couverture, une tête de lapin noir à œil marron vous regarde depuis son fond rose vif. A savoir, Billebaude sort deux fois par an; la revue transdisciplinaire éditée par la Maison de la Chasse et de la Nature et Glénat interroge le rapport de l'homme à la nature et à l'animalité.

Fort bien mis en pages, illustré avec recherche de documents anciens, de citations et d'œuvres d'art contemporain, ce numéro aborde le lapin, et un peu le lièvre son cousin, sous toutes ses coutures. Il évoque plusieurs situations où hommes et lapins vivent au même endroit, avec leurs conséquences, positives ou négatives, domestication, élevage, gestion des écosystèmes. Le lapin qu'on moque souvent pour ses capacités de reproduction nous montre surtout la limite humaine à la maîtrise du vivant. De la peluche au gibier à cuisiner, de l'animal de laboratoire à celui de compagnie, le lapin a plus d'une histoire à nous raconter, la sienne d'abord, la nôtre ensuite, et plein d'anecdotes qu'il est passionnant de découvrir dans cet ouvrage passionnant bien fait, réalisé par des intellectuels, des philosophes et des artistes. Pour les ados et les adultes.


Combien de lapins Grégoire Solotareff a-t-il déjà mis en scène? On se rappelle bien sûr des anciens albums "Loulou", "Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin", "Mon petit lapin est amoureux", "Toute seule", "Le lapin à roulettes" (l'école des loisirs) et de ceux dont il a écrit le texte et que sa mère, Olga Lecaye, a illustrés (dont "Mimi l'oreille", "Pas de souci, Jérémie", l'école des loisirs). Le voici de retour avec "Jeanne et Jean" (l'école des loisirs, 44 pages), un beau grand format aux couleurs franches.

Le style de l'auteur-illustrateur s'identifie tout de suite, et dans l'image, privilégiant le noir comme une couleur à part entière, et dans le ton. C'est l'histoire d'un frère et d'une sœur qui aiment jouer et qui aiment encore plus jouer à se faire peur. Un soir, la tombée du jour les surprend et ils sont obligés de passer la nuit dehors, dans le creux d'un rocher qu'ils connaissent. Quand ils se réveillent dans le noir, ils entendent des loups. C'est aussi le moment que choisit Jean pour raconter à Jeanne l'histoire du terrible sorcier Abraham!

Pas facile de se rendormir le ventre creux... Jeanne décide de rendre visite au potager du voisin. La voilà partie sous la lune, "sur la pointe des pieds". Elle récolte des carottes et se fait surprendre par... OUIIIIII. Vous avez deviné, Abraham. Jean lui vient en aide et rencontre aussi un incongru. Frère et sœur s'en sortiront toutefois brillamment et resteront persuadés qu'ils ont croisé le magicien cette nuit-là. Un album hautement graphique qui joue sur le plaisir d'avoir peur et de tourner la page pour se rassurer. Dès 4 ans.


Pourquoi les lapins ont-ils une toute petite queue? Réponse dans ce joli conte chinois, illustré de peintures sur papier de riz et à tenir reliure vers le haut de manière à avoir des pages presque carrées. "Les lapins et la tortue" de Guillaume Olive, illustré par  He Zhihong (Editions des Elephants, 32 pages) commence par une compétition entre deux mères à propos de leur progéniture. A noter qu'en ce temps-là, les lapins avaient des queues qui ressemblaient à celles des écureuils! Bien pratique pour servir d'éventail en été et de couverture en hiver.

Papa et Maman Lapin rusent avec Dame Tortue pour traverser facilement la rivière. Ils l'invitent à faire le compte de leurs enfants respectifs. Ils profitent surtout du pont flottant que leur offrent tous les bébés tortues alignés. Mais leurs moqueries leur coûteront cher: alors qu'ils font leurs derniers bonds sur les carapaces, les tortues mordent leurs longues queues et les leur arrachent. "C'est depuis ce jour que les lapins n'ont plus, en guise de queue, qu'une petite boule touffue, pour avoir voulu duper madame Tortue", conclut l'album dont les douces illustrations tempèrent l'efficacité du texte. Dès 3 ans.

Des mêmes auteurs, un autre album très réussi, "Le Plouf" (Editions des Eléphants, 32 pages), un petit conte de randonnée jouant sur la peur, la bêtise et la rumeur et qui illustre savoureusement l'adage "réfléchir avant d'agir".


Kazuo Iwamura n'est pas que l'auteur des excellentes histoires de la Famille Souris. Il s'intéresse aussi aux lapins, la preuve dans l'album "Fû, Hana et les pissenlits" (traduit du japonais par Corinne Atlan, l'école des loisirs, 40 pages), en format à l'italienne. Les deux jeunes lapins vont jouer dans le pré, munis des instructions de leur maman, se cacher et ne plus bouger si quelqu'un vient.

Ils adorent le pré et ses fleurs jaune d'or. Il faut toutefois voir leur tête quand une voix leur explique que ce sont des pissenlits (= tampopo). La coccinelle parlante sera vite rejointe par d'autres insectes qui vont expliquer à Fû (= le vent) et Hana (= la fleur) le cycle de la vie en se basant sur leurs prénoms. Une initiation teintée de poésie, illustrée de dessins aux crayons de couleur particulièrement expressifs. Dès 4 ans.


« Au bonheur des lapins » de Marie Nimier et Béatrice Rodriguez (Albin Michel).Parce que Marie Nimier vit en Normandie et voit régulièrement le persil de son potager ratiboisé par un lapin gourmand, elle a fait de cette histoire un album, "Au bonheur des lapins", illustré par Béatrice Rodriguez (Albin Michel Jeunesse, 64 pages). La particularité de ce livre est qu'il se lit par les deux côtés. D'un côté, on a l'histoire de Lapin Toucour, de l'autre celle de Pablo, un peintre qui n'entend pas se laisser voler son persil.

Tous les moyens lui seront bons même les plus grands, les plus démesurés. Les deux récits donnent les visions différentes des protagonistes. Au centre, le lecteur appréciera les quiproquos, les mauvaises compréhensions, les allers et les retours, jusqu'à la pirouette finale qui réconciliera les anciens ennemis. C'est parfois un peu compliqué mais riche et attachant. Dès 6 ans.


Voilà un album très graphique aussi plaisant qu'original, imaginatif et poétique de surcroît. "Lapin cherche Lapin", de Maranke Rinck, illustré par Martijn van der Linden ("Memorykonijn", traduit du néerlandais par Camille Fort, De La Martinière Jeunesse, 58 pages). Il se base sur le principe du Memory: il faut chercher son double dans des cartes dont on ne voit que le dos.

Les erreurs de cartes deviennent le fil d'une histoire drôle et poétique. Quand Lapin cherche l'autre lapin, il découvre un avion rouge. Parti à son bord, il interroge les oiseaux, "Où est l'autre lapin?", mais il rencontre un autre groupe d'oiseaux qui tous vont ailleurs. Lapin atterrit en urgence sur une île où il découvre un autre avion rouge en panne. Là il fait la connaissance d'un roi qui voit arriver non l'autre lapin mais l'autre roi. L'histoire se poursuit de loufoqueries en étrangetés avec toujours le  fil rouge du Memory, jusqu'à ce que chaque paire soit reconstituée. En fin d'ouvrage, un vrai jeu de Memory. C'est aussi charmant que déconcertant, innovant dans le bon sens du terme en tout cas. Dès 4 ans.



Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).
DTPE 2: "Cœur Croisé", Pilar Pujadas (Mercure de France).
DTPE 3: "Sens dessus dessous", Milena Agus (Liana Levi).
DTPE 4: "La reine du tango", Akli Tadjer (JC Lattès).