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vendredi 23 juin 2017

Assises de la librairie indépendante française


Ensemble, on est plus forts. Et les libraires indépendants français résistent farouchement aux difficultés que rencontre leur métier (grande distribution, géants du net, livre numérique...). Ils demeurent le premier réseau direct de ventes de livres en France (40 %).

Mais pour résister, il faut se structurer. Le Syndicat de la librairie française organise ses 4es Rencontres nationales ces dimanche 25 et lundi 26 juin 2017. Le rendez-vous bisannuel aura lieu cette fois à La Rochelle, après Lyon en 2011, Bordeaux en 2013 et Lille en 2015, où s'étaient retrouvées plus de 800 personnes. Des libraires en majorité bien évidemment mais aussi d'autres professionnels du livre (éditeurs, diffuseurs, distributeurs, bibliothécaires,..). Parmi les libraires qui iront en Charente maritime, plusieurs Belges, comme à chaque édition, et une représentante du SLFB, le Syndicat des libraires francophones de Belgique.

On le sait, la Librairie indépendante est devenue en France un véritable enjeu économique, social et culturel des centres-villes et du maillage des territoires (rencontres-dédicaces, lectures, représentations théâtrales, organisation de soirées-débat, participation à des festivals…) et elle est un partenaire de premier plan des institutions publiques culturelles et éducatives. Tout dynamiques qu'ils soient, les libraires ont aussi besoin de réfléchir à leur manière de travailler, de façon à utiliser au mieux leur créativité et leur dynamisme.

Les Rencontres de La Rochelle espèrent réunir de 800 à 1.000 libraires et professionnels du livre. Au programme, présentations et débats en séances plénières mais aussi ateliers en comités restreints (de 30 à 100 personnes) afin de faciliter les échanges sur des thématiques plus directement ancrées dans le métier et le quotidien du librairie.

Trois thématiques principales seront développées.

  • "librairie et territoire": avenir des centres-villes, librairies dans les villes petites et moyennes
  • "les nouveaux enjeux des relations client": pratiques, formation, outils
  • "comment améliorer sa rentabilité?": premières évaluations des outils proposés par l'Observatoire de la Librairie lancé en 2015

La Ministre de la culture Francoise Nyssen est annoncée à La Rochelle le matin du lundi 26 juin.

A ces 4es Rencontres sera annoncée la création d'un portail fédérant les sites de libraires et proposant l'accès au stock de 700 librairies français, soit 4 millions d'ouvrages: librairiesindependantes.com. Ou comment trouver, en un clic, un livre à deux pas de chez soi (en France) - souhaitons-lui meilleur succès que le défunt portail 1001libraires.com, coûteux et inefficace. Cliquer et localiser, comme le fait déjà pour le territoire français placedeslibraires.fr, l'extension aux librairies belges de ce site étant à l'étude actuellement.

Deux jours donc pour échanger et réfléchir à l'avenir de la librairie indépendante.
Informations supplémentaires: lesrencontresnationalesdelalibrairie.fr



jeudi 22 juin 2017

L'Académie française remet 63 distinctions


L'Académie française vient de communiquer son palmarès pour l'année 2017.
Pas moins de 63 distinctions ont été attribuées sous la coupole, le Grand Prix du Roman étant toujours décerné à l'automne.
Peu de femmes, mais des noms masculins qu'il est agréable d'y découvrir.
Deux Belges honorés.

En voici un aperçu, le palmarès complet peut être consulté ici.


Grand Prix de la Francophonie
M. Tierno Monénembo (Guinée,  publié au Seuil)

Grande Médaille de la Francophonie
M. François Boustani (cardiologue libanais établi à Paris)

Grand Prix de Littérature
M. Charles Juliet, pour l'ensemble de son œuvre (publiée chez P.O.L.)

Grand Prix de Littérature Henri Gal
M. Benoît Duteurtre, pour l'ensemble de son œuvre (publiée chez Gallimard)

Prix Jacques de Fouchier
M. Dominique Cordellier, pour "Le Peintre disgracié" (Le Passage, à propos d'un peintre belge)

Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Nicolas Mariot, pour "Histoire d'un sacrifice. Robert, Alice et la guerre" (Seuil)

Grand Prix Hervé Deluen
M. Daniel Maximin, romancier, poète et essayiste de la Guadeloupe.

Grand Prix de Poésie
M. Anthony Phelps, pour l'ensemble de son œuvre poétique.

Grand Prix de Philosophie
M. Christian Jambet, pour l'ensemble de son œuvre.

Grand Prix Moron
M. Luc-Alain Giraldeau, "Dans l'œil du pigeon. Évolution, hérédité et culture" (Le Pommier)

Grand Prix Gobert
M. Jean-Pierre Rioux, pour "Ils m'ont appris l'histoire de France" (Odile Jacob) et l'ensemble de son œuvre

Prix de la Biographie (littérature)
M. Marc Hersant, pour "Saint-Simon" (Gallimard)

Prix de la Biographie (histoire)
M. Bernard de Montferrand, pour "Vergennes. La gloire de Louis XVI" (Tallandier)

Prix de la Critique
M. Jean-Yves Pouilloux, pour "L'Art et la Formule" (Gallimard)

Prix de l'Essai
M. Jacques Henric, pour "Boxe" (Seuil)

Prix de la Nouvelle
Mme Claire Veillères, pour "Une poule rousse et autres nouvelles" (Contrefort)

Prix d'Académie
Dom Jean-Éric Stroobant de Saint-Éloy, o.s.b., pour son édition et sa traduction de l'ensemble des commentaires de saint Thomas d'Aquin aux épîtres de saint Paul aux communautés
M. François Chapon, à l'occasion de la parution d'"Empreintes sur un buvard. Pages de journal (1953-1989)"
M. Dominique Noguez, pour l'ensemble de son œuvre

Prix du cardinal Grente
R.P. Jean-Robert Armogathe, pour l'ensemble de son œuvre.

Prix du Théâtre
M. Philippe Caubère, pour l'ensemble de son œuvre dramatique.

Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Christophe Pellet, pour "Aphrodisia" et l'ensemble de son œuvre.

Prix du Cinéma René Clair
M. Stéphane Brizé, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique.

Grande Médaille de la Chanson française
M. Gérard Manset, pour l'ensemble de ses chansons.

Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Bérénice Angremy, attachée culturelle chargée du secteur artistique à l'Institut français de Chine.
M. Yannis Kiourtsakis, romancier et essayiste grec.
M. Piotr Tcherkassov, professeur et historien russe, spécialiste des relations diplomatiques entre la France et la Russie du XVIIIe au XXe siècle.
M. Edmund White, romancier et critique américain.

Prix Paul Verlaine
M. Xavier Houssin, pour "L'Herbier des rayons" (Caractères)

Prix Jules Janin
Mme Claire de Oliveira, pour sa traduction de "La Montagne magique" de Thomas Mann (Fayard)

Prix Louis Barthou
M. François Cérésa, pour "Poupe" (Editions du Rocher)

Prix Anna de Noailles
Mme Nathacha Appanah, pour "Tropique de la violence" (Gallimard)

Prix François Mauriac
M. Jean-François Roseau, pour "La Chute d'Icare" (de Fallois)

Prix Roland de Jouvenel
M. Stéphane Lambert, pour "Avant Godot" (Arléa)

Prix Jacques Lacroix
M. Christian Laborde, pour "La Cause des vaches" (Rocher)

Prix Henri de Régnier
M. Serge Airoldi, après "Rose Hanoï" (Arléa)

Prix Amic
Mme Isabelle Spaak, après "Une allure folle" (Equateurs)

Prix Mottart
M. François Garde, après "L'Effroi" (Gallimard)






jeudi 15 juin 2017

Le décès de l'auteur suédois Ulf Stark

Kitty Crowther et Ulf Stark.

2004.
1997.
Kitty Crowther m'apprend le décès de Ulf Stark, immense auteur et scénariste suédois, me dit-elle. Vu ses origines, je la crois volontiers mais je dois bien reconnaître que le nom de Ulf Stark ne me disait pas grand-chose.

Sauf quand je me suis rappelée qu'il est l'auteur de l'extraordinaire album "Tu sais siffler, Johanna?", illustré par Anna Höglund ("Kan duvissla Johanna", 1992, traduit du suédois par Elisabet Brouillard, Casterman/Les albums Duculot, 1997 et 2004). Et là, le Suédois m'est devenu nettement plus présent.

Ulf Stark était né le 12 juillet 1944 à Stureby (Stockholm) et est mort le 13 juin 2017 à Stockholm (Suède). Après des études de pédagogie et de psychologie, il a fait ses débuts en littératures en 1964 pour se consacrer vingt ans plus tard exclusivement à la jeunesse.

Erik Titusson, son éditeur, dit de lui:
Ulf Stark.
"Ulf Stark est l'un de nos plus grands écrivains, il a des lecteurs dans le monde entier. La semaine dernière, une maison d'édition coréenne qui le suit voulait publier un petit livre de lui, qui traite de l'amour et se déroule en Suède dans les années 40! Qu'est-ce qu'un tel livre peut dire aux enfants coréens aujourd'hui? Mais je veux vraiment y croire. Ulf Stark nous parle d'expériences et de relations humaines, avec un tel réalisme que nous nous y voyons, peu importe où nous vivons, à quoi nous ressemblons, quel âge nous avons. Ses livres sont vrais. Dimanche dernier, j'ai rencontré Ulf Stark. Nous étions en train de relire des épreuves et de regarder un album à paraître. "C'est simple et agréable", a commenté Ulf. C'est vrai, aimerais-je ajouter."

Visite au grand-père, mode d'emploi. (c) Casterman.
Quelle merveille que "Tu sais siffler, Johanna?", album qui fut présélectionné pour le prix Bernard Versele 1998! Il débute sur une conversation entre deux gamins. Le narrateur explique à son pote Berra qu'il va rendre visite à son grand-père. Il raconte avec humour et lucidité ces rencontres: argent de poche, gâteau, café et pieds de cochon, séance de pêche, cigare... Du coup, Berra aimerait aussi avoir un grand-père. Les compères se rendent alors au home de vieillards pour lui en trouver un.

Echanges entre générations. (c) Casterman.

Ils interrogent les occupants. "Mangez-vous des pieds de cochon?", demandent-ils au vieux Nils. Ce dernier joue leur jeu et devient le grand-père de Berra, Bertil de son vrai nom. Les rencontres se succèdent, avec les activités attendues d'un grand-père et celles que Nils invente pour eux, comme construire un cerf-volant ou siffler.

Escapade nocturne anniversaire. (c) Casterman.
Parfois, Nils se repose, incite le duo à réfléchir ou répond aux questions des garçons. Sur son passé notamment. Les visites se succèdent, incroyables de réalisme, d'imagination, de douceur et de tendresse. Tant le vieil homme que les enfants profitent de ces moments, se laissent aller au bonheur, à la joie, à la confiance, à l'amour. Même si Nils sait ses jours comptés. Berra et Ulf seront forcés de l'admettre mais ils auront appris mille choses avec ce grand-père de substitution, généreux et présent. Ils auront vu quelqu'un donner, recevoir et vivre.

Un trésor d'album que "Tu sais siffler, Johanna?", splendidement illustré, d'une délicatesse inouïe, et dont la couverture s'explique en dernière page. Qui rappelle doucement qu'au bout de la vie, il y a la mort.


Malheureusement, on ne trouve guère de traductions françaises des livres de Ulf Stark, une quarantaine en langue originale. A part l'album précité, je n'ai repéré que "Une copine pour papa", illustré par Pija Lindenbaum (Pocket Jeunesse, 1994), "Les casse-pieds et les fêlés", (Père Castor Flammarion, 1994), "Laissez danser les ours blancs" (Père Castor Flammarion, Castor poche, 1998), dont la plupart sont épuisés.

Une exception, son petit roman "Blaise et Basile" (illustré par Ariane Pinel, traduit du suédois par Ludivine Verbèke, Bayard Jeunesse, 2016, 112 pages): la découverte de notre monde par Blaise et Basile qui vivaient dans une maison tout au fond d’une forêt et décident un jour de prendre la route, avec un vieux landau où ils ont posé leurs bagages.



Mais si Kitty Crowther est aussi émue et attristée par le décès de Ulf Stark, c'est parce qu'elle a beaucoup travaillé avec lui ces derniers temps, en plus d'avoir lu ses livres enfant.
C'est en effet lui qui a a traduit en suédois son prochain album à paraître à la rentrée, chez Pastel (l'école des loisirs). "Petites histoires de nuits" est déjà sorti en suédois, sous le titre "Sagor om natten", édité par Erik Titusson chez Lilla Piratförlaget, et Ulf Stark l'a eu en main. Une petite consolation.


Ulf Stark lisant "Sagor om natten" de Kitty Crowther.


Cadeau! Une image intérieure de "Petits histoires de nuits", de Kitty Crowther, à paraître à l'automne chez Pastel.

"Petits histoires de nuits", de Kitty Crowther.

A voir aussi, la vidéo de présentation de cet album à paraître en français (ici).




Ulf Stark ne verra cependant  malheureusement pas les images que Kitty posera cet été sur un de ses romans. Puisse-t-il avoir appris à beaucoup d'enfants à siffler comme Johanna.






jeudi 8 juin 2017

Chez Charlip, amour + humour = complicité

Remy Charlip.

Remy Charlip (Brooklyn 1929-San Francisco 2012) s'est fait sa réputation d'auteur-illustrateur jeunesse de ce côté de l'Atlantique avec un petit livre tout blanc, "On dirait qu'il neige" ("It looks like snow", 1962, Les Trois Ourses, 2000, 2011). Une trace dans la neige qui conduit à la découverte d'un paysage immaculé. Il fallait oser! Mais l'Américain a toujours osé. Il était avant tout un esprit libre. On notera que petit garçon, il voulait être clown, fermier, artiste et violoniste.

Après avoir étudié le design textile au lycée, puis le graphisme à l'Ecole des arts décoratifs Cooper Union de New York, Remy Charlip se mit à dessiner des affiches, des couvertures de livres et donna des cours de théâtre à des enfants. Passionné de danse, danseur lui-même et chorégraphe, il fut un des cofondateurs, avec le musicien John Cage, de la compagnie Merce Cunningham.

Si Remy Charlip a fait des livres pour enfants en solo à partir du milieu des années 1950, il a aussi illustré les grands auteurs américains de son temps, Margaret Wise Brown ("David's Little Indian", 1956; "The dead bird", 1958 qui a été traduit en 2013 chez Didier Jeunesse sous le titre de "Une chanson pour l'oiseau"; "Four fur feet", 1961), Ruth Krauss ("A moon or a button", 1959; "What a fine day for...", 1967) et d'autres. En tout, une quarantaine d'albums dont plusieurs ont été lauréats de prix prestigieux. Ainsi "Arm in Arm" a reçu le prix de la Foire de Bologne 1971.

Mais Remy Charlip reste assez mal connu chez nous malgré le travail des éditions MeMo de rééditer son œuvre. Ainsi vient de paraître son délicieux "Je t'aime" ("I love you", 1967, traduit de l'anglais par Olga Kent, MeMo, collection Tout-petits MeMômes, 32 pages), le sixième titre du New-Yorkais chez l'éditeur nantais. Un tout petit format en noir et rouge sur papier crème, plein de cœurs et de déclarations d'amour, mais à la Charlip.

L'histoire commence en page de garde: "Tu sais quoi?" demande bien fort un parent, de sexe indéfini, à un enfant couché sur son lit, sa réplique miniature mais chauve, qui répond un petit "quoi?" "Je t'aime" est la ferme réponse, "parce que..." (direction la chaise, le petit dans les bras), "c'est si doux. (Je pourrais dire ça encore et encore) Je dis ça une fois, je dis ça deux fois. Je t'aime parce que c'est si doux".

Les premières doubles pages de "Je t'aime". (c) MeMo.

Pas besoin de fuir devant ces mots de sucre car c'est ici que l'album prend un tournant inattendu. Au "Dis ça encore" de l'enfant, l'adulte répond "ça encore." Au "non, allez, dis le poème" de l'enfant, qui a délaissé les bras et la chaise, l'adulte réplique "le poème". Au "non, vraiment!" de l'enfant, l'adulte ose un "vraiment"...

Surprise mais complicité immédiate entre l'adulte et l'enfant qui jouent en harmonie sur les mots et les phrases. L'exagération comique des "ça ça ça ça" répétés quatre dizaines de fois retombe dans la douceur des mots initiaux, réconfortants et apaisants. A noter les déplacements entre le lit et la chaise tout au long du jeu oral. Une déclaration d'amour pleine de tendresse et d'humour, parce que oui, les plus jeunes sont aussi capables d'humour pour peu qu'on leur en laisse l'occasion.


Cinq autres albums de Remy Charlip ont déjà paru chez MeMo.

"Rien" (Nothing)
Remy Charlip et Eric Dekker (ill.)
MeMo, 2005

C'est, en noir et blanc, l'histoire d'une publicité télévisée. On entend vanter les mérites de Rien que des ouvriers poussent, transportent, emballent et qui existe en modèle économique, familial, industriel. Car Rien marche pour tout: les dents, les cheveux, les pieds… Quand un garçon tombe malade, le docteur à bout d’idée y a recours et lui demande s’il a essayé Rien. Miracle… L’enfant guérit. Réflexion sur la consommation, la surconsommation et la publicité qui l'accompagne, "Rien" permet par le rire et l'absurde de poser des questions sérieuses.

"Rien" de Remy Charlip et Eric Dekker. (c) MeMo.



"Où est qui?" 
Remy Charlip
("Where is Everybody?", 1957)
MeMo, 48 pages, 2008

Les personnages ont les bonnes bouilles toutes simples caractéristiques des personnages des années 1950, date de leur création. Simplissime, et permettant ainsi à l'imagination de chacun de prendre son envol, l'album aligne sur un joli papier crème une belle série de plans fixes à l’italienne. Comme si un dessinateur montrait en direct ce qu'il est en train de dessiner.

"Voici un ciel vide", écrit d'abord l'auteur-illustrateur sur une page vierge de tout trait, avant de poursuivre au feuillet suivant: "Un oiseau s'envole vers le ciel" et d'y dessiner un oiseau aux ailes déployées. L'Américain passe alors à la double page pour représenter un soleil bien jaune, plein de rayons: "Le soleil brille dans le ciel". Une longue ondulation: "Voici des collines tout contre le ciel".

S'ajouteront la rivière, un poisson, un arbre, et puis une forêt, une route, un cerf, une maison, un homme, un petit garçon, un bateau. Autant d'épisodes attrayants et propices aux relectures qu'apprécient tant les plus jeunes, qui se pimentent du passage d'un nuage noir, cachant le soleil, précédant la pluie qui pose au lecteur plusieurs devinettes. Une atmosphère douce et paisible célébrant les petits riens.


"Où est qui?" de Remy Charlip. (c) MeMo.



"Déguisons-nous" 
Remy Charlip
("Dress Up and Let's Have a Party", 1956)
traduit de l'anglais par Françoise Morvan
MeMo, 2009

Voilà le premier album en solo de Remy Charlip sur le thème, on l'a compris, des déguisements. Tout est bon, un carton, une casserole, un tapis, le plus simple étant souvent le plus réussi. A chaque nouvel invité, la surprise est au rendez-vous. Un propos réjouissant et un graphisme de toute modernité.


"Déguisons-nous" de Remy Charlip. (c) MeMo.



"Heureusement"
("Fortunately", 1964)
Remy Charlip
traduit de l'anglais par Olga Kent
MeMo, 2011

Il a fallu attente quarante-sept ans pour que ce best-seller de Remy Charlip soit traduit en français. Dans un jeu d'alternance entre les doubles pages en couleurs, pour les bonnes nouvelles, et les doubles pages réalisées en noir et blanc pour les déconvenues, l'auteur-illustrateur nous emmène de rebondissement en rebondissement à la fête d’anniversaire de Ned. On se réjouit, on frémit, on passe du chaud au froid à chaque page: heureusement, on s'amuse beaucoup!



"Heureusement" de Remy Charlip. (c) MeMo.



"Mon chat personnel et privé, spécialement réservé à mon usage particulier"
texte de Sandol Stoddard
conçu et illustré par Remy Charlip
("My very own special, particular, private, and personnal cat", 1966)
traduit de l'anglais par Françoise Morvan
MeMo, 2012

Un chat, un enfant, un rapport de force. Hélas, on ne fait pas d'un chat une poupée et, quand le concept de propriété se heurte à celui de liberté, ça feule dans les chaumières... Ce face-à-face est un
chef-d'œuvre: pour sa langue, rythmée, chantante, inattendue et savoureuse et pour ses images minimalistes, mais justes.



"Mon chat personnel..." (c) MeMo.



Rappelons encore qu'il y avait eu auparavant "Maman! maman! J'ai mal au ventre!" de Remy Charlip et Burton Supree ("Mother, mother, I feel sick, Send for the Doctor, Quick, Quick, Quick", 1966, traduit de l'anglais par Catherine Bonhomme, Circonflexe, collection "Aux couleurs du temps", 56 pages, 2002).

"Maman! Maman! J'ai mal au ventre" (c) Circonflexe
Teintes flashy et look rétro pour cet album à l'italienne, conçu sur le principe du théâtre d'ombres, à l'époque des débuts du téléphone. Cornet à l'oreille, chapeau haut-de-forme sur la tête, guéridon et autres meubles précieux des pièces campent le décor Belle Epoque de cette farce immense et délicieuse.

Une mère affolée appelle en urgence un médecin qui saute dans sa voiture à chevaux afin de se précipiter auprès du jeune patient au ventre gonflé. Si jusque-là, tout était normal, les choses vont s'accélérer dans un délire soigneusement orchestré. Les silhouettes découpées renforcent le côté théâtral de cette opération chirurgicale peu ordinaire. Le praticien retire du gros ventre une foule de choses plus étranges les unes que les autres: trois pommes, une balle, un gâteau et ses bougies, des spaghettis et leur plat... La liste est loin d'être finie mais laissons la surprise. Un album superbe de créativité et d'imagination, cocasse, absurde et libre, vraiment conçu pour le public enfantin pour qui toute occasion de jouer est bonne à prendre.

Pour feuilleter le début de cet album aujourd'hui indisponible, c'est ici.
















mercredi 7 juin 2017

Les livres "chouettes" selon 55.000 enfants



Petit à petit, le Prix Bernard Versele refait son nid. Cette année, il dépasse à nouveau le cap des 55.000 enfants votants, de 3 à 14 ans, soit 4.000 de plus que l'an dernier (lire ici). Fameux! Ce qui signifie évidemment que bien d'autres gamins ont aussi lu tout ou partie des 25 titres proposés, répartis en cinq catégories d'âge, indicatives et non contraignantes (= on peut voter dans sa catégorie, au-dessus ou en dessous), mais n'ont pas rentré de bulletins. A noter que cette 38e édition du prix, créé en hommage au psychologue Bernard Versele, trop tôt disparu, a vu arriver 70 bulletins en provenance de la belle province du Québec.

Un palmarès de cinq lauréats et cinq labels (deuxièmes prix) où l'école des loisirs et le Seuil Jeunesse se taillent les parts du lion, quatre titres pour le premier éditeur, trois pour le second. Pas de remise officielle des prix cette année non plus. Peut-être dans deux ans? On l'espère.

Palmarès du Prix Bernard Versele 2017

1 chouette


Lauréat 
"Dodo"
Dorothée de Monfreid
l'école des loisirs, loulou & cie, 2014

Les huit toutous aujourd'hui bien connus (six titres parus) Micha, Jane, Zaza, Kaki, Nono, Omar, Pedro et Popov qui dormaient dans leurs huit lits superposés se réveillent en pleine nuit parce que l'un des leurs ronfle... Nouveau dodo ou chahut?


Label
"Je suis un lion"
Antonin Louchard
Seuil Jeunesse, 2015

Dès la couverture, le "lion" marche d'un pas décidé. Il n'a pas l'air commode, ce lion autoproclamé. Face à lui, le crocodile reste d'abord bouche bée devant tant d'insolence. Mais la tension monte entre les deux protagonistes, jusqu’à la chute finale!


2 chouettes



Lauréat 
"Le concours de force"
Delphine Bournay
l'école des loisirs, 2014

Qui va parvenir à déplacer l'énorme rocher dont la chute bloque l'entrée de la maison de Taupinette, experte en biscuits faits maison et téléphones avec sa grand-mère.


Label
"Le tapis en peau de tigre"
Gerald Rose
traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Albin Michel Jeunesse, Panda poche, 2014

Un album publié pour la première fois en 1979 et toujours aussi sympathique. Il relate l'idée d'un tigre âgé qui décide de se changer en carpette pour le Rajah histoire de s'assurer d'avoir toujours à manger facilement. Sauf que le félin prend quelques kilos.


3 chouettes


Lauréat
"Une journée avec Mousse"
Claire Lebourg
l'école des loisirs, Mouche, 2015

Petit personnage au long museau et aux rayures vert tendre, Mousse vit près la plage dans une paresse heureuse et philosophique. Ce matin-là, il a la surprise de découvrir un visiteur dans son salon! Une sorte de mammifère marin bientôt rejoint par toute sa famille. Face à l'intrus, on trouve un Mousse bienveillant, plein de poésie et de fantaisie.


Label
"Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache"
Hélène Rice et Ronan Badel
Editions Thierry Magnier, 2014

En format à l'italienne, un petit livre désopilant qui joue sur la liberté de l’artiste et les pouvoirs du dessin!


4 chouettes



Lauréat 
"Bonnets rouges et bonnets blancs: un conte antillais"
Praline Gay-Para et Rémi Saillard
Didier Jeunesse, Contes du monde, 2014

Un texte chantant et musical donne une version venue de la Guadeloupe du Petit Poucet, abandonné avec ses frères au milieu des bois. Des éléments du récit sont différents mais l'essence du conte est identique à celle qu'a donnée Perrault. Ce qui me rappelle que Henri Gougaud affirme qu'il n'y a qu'un nombre limité de contes de par le monde mais que leurs variations sont illimitées.


Label
"Le chevalier de Ventre-à-Terre"
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse, 2014
lire ici







5 chouettes


Lauréat 
"Le seul et unique Ivan"
Katherine Applegate et Patricia Castelao
traduit de l'américain par Raphaële Eschenbrenner
Seuil, 2015

Bouleversée par un article du "New York Times" relatant l'histoire d'Ivan, un gorille "dos argenté" qui arrive au zoo d'Atlanta après une captivité de vingt-sept ans dans la cage d'un centre commercial minable, la romancière décide de donner voix à Ivan. Elle le fait narrateur de son autobiographie, de son enfance heureuse parmi les siens jusqu'à la cage. Et lui fait se poser mille questions.


Label
"L'amour, c'est n'importe quoi!'
Mathieu Pierloot
l'école des loisirs, Neuf, 2014

Le premier roman jeunesse de cet auteur belge raconte Sacha, onze ans, invité comme toute sa classe à mettre en pratique le rêve de la prof de français: devenir un grand écrivain. Mince alors! Quand le narrateur observe le monde autour de lui, il remarque que l'amour prend une place prioritaire. Alors, il écrit ce qu'il voit, avec humour et profondeur.




Le palmarès du Prix Forum 2017

Le prix Forum a été créé en 2014. Il met en avant des livres pour enfants mais choisis par des parents (lire ici). Trois lauréats en cette quatrième édition.

"Cinq minutes et des sablés"
Stéphane Servant et Irène Bonacina
Didier Jeunesse

Un conte philosophique sur l'amitié, le besoin de partage, la mort et le plaisir de vivre.




"Sans papiers"
Rascal, Cendrine Genin, Jean-François Martin
Âne bâté, Il était deux fois
lire ici



"Les Chaînes du Chêne"
Frédérique Elbaz et La Wäwä
Editions du mercredi

Un dialogue philosophique sur la question d'être libre.