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vendredi 31 août 2012

LM beaucoup sourire, rire et rêver

Et l'album "Coincé", d'Oliver Jeffers (traduit de l'anglais par Elisabeth Duval, Kaléidoscope) pourrait bien être un des plus rigolos de l'année.
Non seulement, on s'y amuse, mais en plus on y poétise et on y exerce solidement son imagination.
On pourrait dire que c'est l'histoire d'un cerf-volant coincé dans un arbre. Sauf que le petit garçon propriétaire du jouet veut absolument le récupérer. Une persévérance qui va tourner au plus joyeux des délires.



Qui n'a jamais entendu un parent dire: il ne faut PAS s’exercer au cerf-volant sous un arbre de crainte de voir le jouet se prendre dans les branches.
C’est pourtant exactement la mésaventure qui survient à Floyd, le héros de l’album.
Que fait le petit garçon? Il commence par tirer sur la ficelle. Impossible de décrocher le cerf-volant.


Que fait-il alors ? Assez naturellement, il lance sa chaussure gauche, sa préférée, pour le décoincer.


Mais de là-haut, elle le nargue...


Il envoie alors son autre chaussure, histoire de "récupérer sa chaussure préférée". Dingue! Elle reste également accrochée...

 

Mais Floyd n’a pas dit son dernier mot.
Mitch le chat passe-t-il par là? Il se retrouve aussi en haut de l’arbre.
Reste la solution de l’échelle, qui devrait "régler le problème une fois pour toutes".
Mouais. Floyd la jette en l’air et interroge le lecteur, tracassé : "Je suis sûr que vous devinez ce qui arriva." Eh oui !
Le petit est bien embêté car il faudrait qu’il rende l’échelle avant que le voisin s’aperçoive de l’emprunt. Il ne peut plus abandonner.

L'auteur-illustrateur, Oliver Jeffers, va nous régaler. Né en Australie, il a grandi en Irlande et se partage aujourd’hui entre ses ateliers de Belfast et New York. "Coincé" est un trésor d’imagination et de drôlerie. Difficile de ne pas éclater de rire en tournant les pages.

Car le persévérant Floyd va balancer une quantité incroyable de choses ou d’êtres vivants dans l’arbre, toujours dans l’idée, rappelons-le, de récupérer son cerf-volant. Pot de peinture, canard, chaise, bicyclette, évier de cuisine, porte d’entrée, voiture des parents. Même le laitier qui demande aux autres : "Etes-vous arrivé là par le même moyen ?"

Pas une fois, on ne devine ce que le héros costaud va expédier dans l’arbre qui se garnit mieux qu’un sapin de Noël. Il semble n’y avoir aucune limite à la fantaisie délirante du petit garçon. Et c’est bien pour cela que l’album fonctionne aussi bien.


On s’y amuse à toutes les images, simplissimes et expressives. On ne peut jamais prévoir ce qui se déroulera en page suivante. Même les pompiers se retrouvent entre les branches!

Floyd a alors une nouvelle idée: chercher une scie. Il en ramène une, la positionne "le mieux possible", la lance…
Son cerf-volant se décoince.
Floyd est totalement ravi et passe toute sa journée à redécouvrir le plaisir qu’il a à y jouer. Ce n’est que le soir, quand il se couche épuisé, juste avant de s’endormir, que "la certitude d’avoir oublié quelque chose se mit à le tarabuster". Réponse dans l'images.

Ce formidable album entièrement raconté au passé rappelle que si le rire est le propre de l’homme, il est aussi celui de l’enfance. Pour peu qu’on l’encourage.

mercredi 22 août 2012

LE2 fois triste

Nina Bawden en 2003.

D'abord parce qu'elle vient d'apprendre la mort de Nina Bawden, cette formidable romancière pour la jeunesse qui était née à Ilford, dans l'Essex, le 19 janvier 1925, et qui s'est éteinte à Londres mercredi dernier.


Ensuite, et surtout, parce que son chef-d’œuvre, son magnifique roman
 "La guerre de Fanny" ("Carrie's war", sorti en 1973, traduit en français par Florence Seyvos, Neuf de l'école des loisirs, 1992), inspiré de sa propre expérience,  n'est plus disponible en librairie. Peut-être des bibliothèques l'ont-elles encore?

Comment est-ce possible?
Ce petit bijou, qui a bouleversé tous les teen-agers des années 1990, ne peut PAS être manquant!
Vingt ans après l'avoir lu, nous nous en rappelons toujours avec force.

Fanny n'a que onze ans et demi lorsqu'elle arrive avec son jeune frère Nick dans un petit village du pays de Galles, en pleine Deuxième Guerre mondiale. Raison de leur voyage: les enfants sont évacués de Londres à cause des bombardements allemands. Trente ans plus tard, Fanny retourne dans le même village, accompagnée de ses propres enfants. Avec une émotion intacte, elle retrace pour eux son enfance. La guerre l'a séparée, comme des centaines d'écoliers londoniens, de ses parents et de son univers quotidien. Seuls, les enfants ont attendu que des familles provisoires les choisissent. Fanny et Nick ont été accueillis par Samuel Evans, un commerçant veuf, terrifiant. Cet homme dur, froid, autoritaire, qui se sert de Dieu pour tyranniser son entourage, vit avec sa sœur Lou, une vieille fille timide et craintive.

Fanny est tiraillée entre sa rébellion spontanée contre le despote domestique qui l'a recueillie et son désir de prouver aux autres que M. Evans n'est pas entièrement mauvais. À côté d'elle, son frère déjoue d'instinct les sales coups du logeur. D'autres enfants ont eu plus de chance dans la loterie des familles d'accueil. Albert Sandwich, par exemple, un adolescent amoureux des livres, habite au fond des bois chez Hepzibah Green. Attirés par cette femme mystérieuse et chaleureuse, Fanny et Nick lui rendent souvent visite. Sa maison est celle de la sœur aînée de M. Evans, une originale qui a vécu en marge de sa famille. Lorsqu'elle meurt, le testament qui permettait à Hepzibah de continuer à occuper les lieux disparaît. Tout semble accuser M. Evans. Révoltée, Fanny, petite fille impressionnable qui croit au surnaturel, va commettre l'acte le plus terrible de sa vie.

Nina Bawden a signé là un superbe roman. Elle aborde en parallèle plusieurs mondes: la guerre et le calme d'un village, le jeu des apparences et de la sincérité, la vie des adultes et celle des enfants. Fanny surtout, est dépeinte en petites touches justes. Se révèlent progressivement sa volonté de comprendre le monde qui l'entoure, ses hésitations, ses plaisirs aussi car le récit n'est pas triste. À travers la petite fille, c'est l'imaginaire enfantin tout entier qui apparaît sous la plume de l'auteur. Le lecteur découvrira dans ce récit à l'aventure omniprésente le témoignage vibrant d'enfants déracinés, obligés de trouver en eux-mêmes les réponses aux questions qu'ils se posent. Les personnages de Nina Bawden ont une richesse et une profondeur telles qu'on ne sort pas de cette lecture comme on y est entré. Tant d'émotions ont été partagées! Un livre remarquable, à l'intrigue subtilement construite et aux personnages solides sur le plan psychologique.

Même sort funeste pour deux autres romans de Nina Bawden, "Un petit cochon de poche" et "Il faut garder Henry!".

Ne demeurent d'elle en librairie que "Les bonbons magiques" et "Mary et le clandestin".








Vite, une réimpression de "La guerre de Fanny"!



jeudi 16 août 2012

LR éjouie





Dansons comme Tromboline.
Ce vendredi 17 août matin, Claude Ponti est l'invité de France Inter.
A écouter en direct,
mais c'est à 9 heures.
Oui, du matin, on l'a dit.

Ou alors en podcast, quand on veut.
Même que c'est ici: http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-bain-rencontre-avec-claude-ponti




Emmènera-t-il Blaise ou un autre poussin avec lui?

 



lundi 6 août 2012

LA découvert un petit trésor

Regardez cette bibliothèque.
Attrayante comme elle se présente, elle pourrait faire partie de cette série de photos de lieux enchanteurs qui circule sur les réseaux sociaux (Improbables librairies, improbables bibliothèques).


Regardez-la bien.
Au premier coup d’œil, on comprend tout de suite qu'elle est anglaise.

Mais, car il y a un mais, regardez-la bien. Elle n'est pas à notre échelle. Elle appartient à une maison de poupées!


Celle de la Queen Mary, la grand-mère de la souveraine britannique actuelle.

La Reine Mary en 1917, précédant son mari, le roi Georges V.


Passionnée de maisons de poupées, la reine Mary reçut cette magnifique construction en 1922, d'une cousine à elle, la princesse Marie-Louise.
On voit ici la miniature en construction, par les meilleurs artisans de l'époque. A l'échelle 1/12e, elle ne sera achevée qu'en 1924.


L'ouvrage d'art se trouve aujourd'hui au château de Windsor.

Si la maison de poupée nous intéresse aujourd'hui, c'est parce que les deux cents livres de sa bibliothèque étaient tous de vrais livres. Réalisés à la main par les écrivains célèbres de l'époque, reliés de cuir, dorés... Tous en un format minuscule de 4 cm  x 3.


Les auteurs de l'époque n'étaient autres que Sir Arthur Conan Doyle, Thomas Hardy, Rudyard Kipling, Edith Warton, J. M. Barrie, W. Somerset Maugham, Aldous Huxley... George Bernard Shaw aurait refusé l'invitation.
Et aussi Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse (1887-1965), rédacteur à "Punch Magazine", illustrateur et affichiste fameux du début du XXe siècle, célèbre notamment pour ses affiches de propagande britannique durant la Seconde Guerre mondiale. "Parler sans précautions coûte des vies", "Les murs ont des oreilles", "Vous ne savez jamais qui vous écoute", c'est lui.





Un autre de ses titres de gloire est la confection d'un des livres miniatures de la mythique bibliothèque de la maison de poupée du château de Windsor, le mini-album "J. Smith", qui n'avait jamais été publié jusqu'à ce jour, ni en taille poupée, ni en taille humaine!

 

Mais le voilà qui sort, 90 ans après sa création, en anglais chez Walker Books, en français à L'école des loisirs, sous le titre "Un elfe tombé du ciel" (texte et illustrations de Cyril Kenneth Bird, alias Fougasse, traduit de l’anglais par Agathe Peltereau-Villeneuve, L'école des loisirs).



Petit objet précieux, même en format agrandi trois fois pour bien tenir dans la main, tendu de soie, doré sur tranche et doté d'un ruban marque-page.
Tout de suite, on reconnaît le trait de l'auteur-illustrateur britannique.

C'est l'histoire d'un elfe "soufflé hors du monde des fées" et tombé accidentellement en plein Londres, à Eaton Square.


Chaque page est un petit tableau mêlant dessin et texte en écriture manuscrite.

L'elfe erre dans les rues et arrive à Hyde Park. Chez lui, croit-il.
Au moment où il en escalade les grilles, il est surpris par un policier qui le conduit au commissariat.
Difficile pour lui évidemment d'expliquer qu'il est un elfe. Mais il en fait la démonstration.
L'inspecteur décide de s'en occuper et de lui permettre de retrouver les siens.

Ils discutent ensemble. L'elfe explique "Je sais chanter, danser, peindre les coquillages, les fleurs ou même les soleils couchants mais je ne suis qu'un amateur."

 

Le policier convainc l'elfe de rester chez les humains, de se faire passer pour son neveu.
Et c'est là que l'histoire prend la force d'une parabole. Car toutes les tentatives de l'elfe pour s'intégrer, danser, chanter, peindre, chaque fois de la plus exquise des façons, vont se heurter brutalement à la logique humaine.

Voilà un album charmant, drôlement bien conçu et illustré, plein de péripéties, et faisant réfléchir à des tas de choses.
Seul inconvénient:  il faudra attendre le 18 octobre pour trouver cette petite merveille en librairie!