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lundi 25 septembre 2017

Un taxi-brousse sénégalais à Bruxelles

Qui suis-je?

Devinette.
"J'ai quitté l'industrie pétrolière et le boulot sûr qu'elle m'a assuré dans le Golfe de Guinée pendant sept ans (1983-1990) pour venir étudier à Lyon à l'école Emile Cohl (1990-1992) et devenir auteur-illustrateur comme j'en avait toujours rêvé. Qui suis-je?"

Indice
"Je suis à Bruxelles toute cette semaine."

Autre indice
"Le Sénégal du titre est une fausse piste".

Réponse
"Je suis Christian Epanya, auteur-illustrateur camerounais, principalement jeunesse, vivant aujourd'hui à Annonay, la patrie des frères Montgolfier, en Ardèche."


Ce n'est pas parce qu'il vit en France depuis 1990 que Christian Epanya ne retourne pas au Cameroun. "J'y vais au moins une fois tous les deux ans", m'explique-t-il, " pour voir mon frère et ma sœur, ainsi que mes amis. Et pour puiser l'inspiration et retrouver les couleurs du pays."

Car l'illustrateur a besoin d'inspiration pour créer ses livres, une vingtaine actuellement publiés en France bien entendu (Syros, Seuil, Sorbier) mais aussi aux Etats-Unis, en Allemagne, en Guinée, au Cameroun... Albums pour enfants ou livres ayant trait à l'histoire.

On peut découvrir douze de ses originaux à la peinture acrylique dans une exposition qui se tient au Wolf (à Bruxelles, jusqu'au 15 octobre (entrée libre du mercredi au dimanche de 10 heures à 18 heures). Mélangées aux cimaises, elles proviennent des albums suivants: "Le voyage de l'Empereur Kankou Moussa" (Le Sorbier, 2010), "Les rois de la Sape" (Océan Editions, 2014), "Le taxi-brousse de Papa Diop", l'album qui l'a fait connaître (Syros, 2005), "Le grand retour du taxi-brousse de Papa Diop" (Syros, 2016) et "Le petit photographe de Bamba" (Le Sorbier, 2007).

Une double page du "Taxi-brousse de Papa Diop" (Syros).

On peut aussi rencontrer Christian Epanya, en résidence au Wolf cette semaine, ce mercredi 27 septembre à 18 heures. Il sera en bonne compagnie, celle de Dominique Mwankumi, autre auteur-illustrateur africain (gratuit sur inscription).

Créateur, mais aussi formateur d’illustrateurs, Christian Epanya expliquera peut-être sa manière de réaliser un livre. Prenons par exemple "Le petit vendeur de beignets" qui paraîtra à Paris aux Editions A vol d'oiseau début 2018, sur un texte de Didier et Jessica Reuss-Nliba. L'histoire d'un petit garçon au Cameroun, dernier né d'une famille polygame de trois femmes et de très nombreux enfants. Avec les siens, il prépare des friandises qui sont vendues aux passagers lors des haltes du train. Par les fenêtres car entrer dans le train est interdit aux villageois.

  1. Il écrit ou reçoit le texte.
  2. Il découpe le texte en idées d'images.
  3. Il fait les crayonnés.
  4. Il pose un calque sur les dessins et passe au crayon noir d'un côté du calque, au crayon blanc de l'autre.
  5. Il peint les fonds foncés des images.
  6. Il pose le calque côté blanc sur les fonds foncés et repasse au crayon ou avec un bâton pointu pour imprimer.
  7. Il pose ses couleurs, toujours du foncé au clair.
  8. Il se réserve un dernier plaisir, représenter les motifs des tissus.

"C'est un travail énorme mais on a les ambiances qu'on veut. Contrairement à l'aquarelle, avec l'acrylique, on n'est pas obligé de tout faire en même temps." 

On peut évidemment aussi lire les albums de Christian Epanya, dont le trait et la couleur se reconnaissent de loin. "Je veux montrer aux Africains et aux non-Africains que l'Afrique est riche en littérature et en histoires pour enfants. Je veux faire connaître le patrimoine africain et pas seulement le patrimoine camerounais. Pour moi, un bon album pour enfants est un album qui interpelle les lecteurs et qui a une longue vie. J'ai souvent recours à l'imaginaire et à l'humour, tant dans mes textes que dans mes images."


Dans ma bibliothèque désormais bien rangée, j'en ai immédiatement repéré trois.

Le début de l'aventure. (c) Syros.


Le taxi-brousse de Papa Diop
Christian Epanya
Syros 2005, 2015 avec cd ou en poche

Dans le nord du Sénégal, entre Dakar et Saint-Louis, Sène, un enfant, accompagne et aide son oncle, Papa Diop, chauffeur d'un taxi-brousse. En faisant le compte-rendu des trajets, le gamin raconte le quotidien de la société sénégalaise.

Une suite vient de lui être réservée, "Le grand retour du taxi-brousse de Papa Diop" (Syros, 2016). "On me demandait souvent une suite au "Taxi-brousse", raconte Christian Epanya. "Je voulais garder le héros mais me renouveler. Du coup, l'histoire se passe maintenant dans le sud du Sénégal et l'enfant est devenu un adulte."

Malin comme dix singes
Christian Epanya
Seuil Jeunesse
2006

Comme il a de la peine à compter avec des bâtonnets, Petit Bolo le singe se fait aider par sa maman qui lui apprend à compter en bananes!
Le petit photographe de Bamba
Christian Epanya
Le Sorbier
2007

Une histoire qui s'est vraiment passée au Ghana mais qui se déroule au Mali dans l'album et qui est un clin d’œil de l'artiste à la Biennale de Bamako.



Il y en a plein d'autres aussi.

In "Le voyage de l'empereur Kankou Moussa". (c) Le Sorbier.



Infos et réservations: le Wolf.

vendredi 22 septembre 2017

L'énigmatique frère du 43e mineur mort à Liévin

Sorj Chalandon. (c) JF Paga/Grasset.

Qui se rappelle de la catastrophe minière qui a eu lieu à Liévin-Lens le 27 décembre 1974? Quarante-deux mineurs y ont perdu la vie, en pleine trêve des confiseurs. Quarante-deux morts, par défaut de prévoyance, par appât du gain. Qui se rappelle de ce drame? Sorj Chalandon qui lui consacre son huitième roman, le très beau "Le jour d'avant" (Grasset, 332 pages). Sorj Chalandon, journaliste depuis toujours, romancier depuis 2005 et "Le petit Bonzi", infiniment respectueux des hommes.

"Le jour d'avant", où un élément historique véridique se double du drame personnel que vit le narrateur, Michel Flavent, frère cadet d'un des mineurs décédés, est un bon coup de poing dans l'estomac. Ou dans les dents. Sans recourir au pathos, les situations se suffisent à elles-mêmes. Ce roman de vie, de mort, de souffrance, de culpabilité, de mensonge et de vengeance vient d'être considéré par plus de 300 libraires français comme le meilleur titre de l'année en littérature francophone - en littérature étrangère, c'est "Underground railroad" de Colson Whitehead (traduit de l'américain par Serge Chauvin, Albin Michel) qui a été choisi. Juste compensation à l'absence de Chalandon des sélections des grands prix littéraires de l'automne. Mais il le sait: "Inviter à table 42 ouvriers morts n'est pas très convenable...".

Terriblement prenant, ce nouveau roman de Sorj Chalandon est construit sur deux périodes qui alternent tout au long des chapitres, les événements de décembre 1974 et des mois suivants ainsi que l'enquête que le narrateur mène à leur sujet à partir de mars 2014 et ses conséquences. Michel Flavent veut savoir pourquoi le nom de son frère mineur n'apparaît pas dans les listes des tués de la fosse Saint-Amé. Pour lui, 16 ans au moment de la catastrophe, Joseph Flavent, Jojo, en est le 43e mort. Un deuil qu'il est incapable de faire et qu'il associe aux 42 mineurs morts par manque de souci d'eux. Une obsession remâchée durant quarante ans et qu'en 2014, devenu veuf, il décide de rendre prioritaire. Il vend tout ce qu'il a et revient s'installer incognito dans sa région natale. La mine a fermé mais il retrouve des témoins d'hier. Il retrouve surtout celui qu'il tient pour responsable de l'accident, Lucien Dravelle. Et il fourbit sa vengeance, terrible. Le lecteur suit, compatit, approuve, ignorant qu'il faut parfois se méfier des belles histoires. Mais le romancier a tous les droits, y compris de dérouler la vie de Michel Flavent tel qu'il ne fait. C'est pour mieux dévoiler la part sombre de chacun, le chemin vers le pardon, individuel ou collectif. "Le jour d'avant" est un roman aussi impressionnant sur le drame social qu'il dénonce que sur le parcours que le narrateur a cru pouvoir emprunter pour se protéger. Humain, terriblement humain.

Quel lien entre les mineurs du nord de la France d'hier et Sorj Chalandon? De passage à Bruxelles, il s'explique: "A l'origine de "La légende de nos pères" (2009), le biographe familial du roman écrivait deux biographies en parallèle, celle d'un faux résistant et celle d'un mineur. C'était trop pour un seul roman. J'ai mis le mineur sur le côté en lui promettant de ne pas l'oublier."

Ensuite, Sorj Chalandon a écrit d'autres livres, inspirés de sa vie mais de vrais romans. "Je devais d'abord régler l'Irlande, ce que j'ai fait dans "Mon traître" et "Retour à Killibegs" (lire ici), puis mon père, fait dans "Profession du père" (lire ici), enfin la guerre, avec "Le quatrième mur" (lire ici)". Aujourd'hui que j'ai réglé tout cela, je suis retourné vers mon mineur. C'est lui qui m'a appelé."

Un lien ancien réunit le héros et l'écrivain: "En 1974, j'étais un jeune journaliste de 22 ans, à Libé. Quand on a entendu l’annonce de la catastrophe, on a tout de suite su que toutes les précautions n'avaient pas été prises. Les morts nous ont appelés. Serge July et Blandine Janson ont couvert le drame. Des papiers faits la rage au ventre. De mon côté, j'ai couvert la grève des mineurs anglais dix ans après. Ce livre n'est pas autobiographique, mais c'est celui de ma colère."

"Le jour d'avant" refuse de juger le narrateur et c'est en cela qu'il est lumineux au-delà de sa noirceur. "Je l'aime bien, Michel", conclut Sorj Chalandon. "Il est humain."


Pour lire le début du roman "Le jour d'avant", c'est ici.




jeudi 21 septembre 2017

Ecouter le monde à l'invitation de H. D. Thoreau

La "pièce" préférée de Thoreau. (c) Plume de Carotte.

Henry David Thoreau en 1854.
Henry David Thoreau est ce philosophe, naturaliste et essayiste américain qui vécut principalement au Massachusetts de 1817 à 1862. Une vie courte mais une pensée libre. Son livre le plus connu est assurément "Walden ou la vie dans les bois" publié en 1854 et fort de 200 traductions à travers le monde. En français, il a été traduit en 1921 par Louis Fabulet par l'entremise d'André Gide et en 2010 par Brice Matthieussent. Faut-il rappeler que Thoreau a aussi écrit "La désobéissance civile"?

Revenons-en à "Walden". L'ouvrage culte bénéficie à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Henry David Thoreau d'une première adaptation illustrée pour les enfants, le très bel album "Une année dans les bois" (extraits choisis par Laura Maranesi, traduits de l'anglais par Emmanuelle Urien, Plume de Carotte, 32 pages), illustré par Giovanni Manna (né aux prestigieuses éditions US Créative Editions et donc mis en page par Rita Marshall, lire ici).

On le sait, "Walden ou la vie dans les bois" raconte les deux années deux mois et deux jours, entre 1845 et 1847, où Thoreau vécut dans un chalet qu'il avait lui-même construit près de l'étang de Walden, dans l'état du Massachusetts, afin de "vivre en toute conscience". Il y décrit son séjour et y expose ses vues sur l'industrialisation et son rapport à la nature (il y a plus de cent cinquante ans, rappelons-le). Pour la version jeunesse, les deux années ont été condensées en une, présentée au fil des saisons mais selon des extraits de l'œuvre originale.

Les débuts de l'aventure Walden. (c) Plume de Carotte.

"Une année dans les bois" est un album grand format très agréable à parcourir. L'auteur d'hier et l'illustrateur d'aujourd'hui vont parfaitement ensemble. Ecrit à la première personne du singulier, le texte consigne l'expérience de l'auteur, détaille la maison qu'il s'est bâtie, pourquoi il a trois chaises, quelle est sa pièce préférée. Henry David Thoreau raconte son environnement, l'étang, les bois, les oiseaux. Il détaille son quotidien entre entretien du potager et baignades. Il s'interroge aussi sur son apparente solitude, se réjouit de la richesse de sa vie et invite chacun à vivre la vie qu'il imagine, à écouter le monde autour de lui et à s'engager.

Giovanni Manna complète parfaitement les propos de Thoreau avec ses aquarelles qui célèbrent la nature, que ce soit dans des paysages, dans des scènes avec Thoreau ou des gros plans. Il place souvent le narrateur de dos, invitant ainsi encore davantage le lecteur à entrer dans ce très bel album. Pour tous à partir de 6 ans.

Pour feuilleter en ligne "Une année dans les bois", c'est ici.





mercredi 20 septembre 2017

S'évader pour aimer plus fort la vie

Hervé Le Tellier.

Dès qu'on lit le titre du nouveau livre de Hervé Le Tellier, même sans rien connaître de la vie de l'écrivain, même sans lire le sous-titre, "J'ai toujours su que ma mère était folle", on se doute que c'est un fake. Un oxymore pour le dire en mode plus littéraire. "Toutes les familles heureuses" (JC Lattès, 224 pages), il fallait l'oser. Le titre vient d'une phrase de Tolstoï dans "Anna Karénine". La version complète est pire: "Toutes les familles heureuses se ressem-blent; chaque famille malheureuse l'est à sa façon."

C'est l'histoire d'une famille non heureuse, la sienne, que déroule l'écrivain dans cet ouvrage terriblement attachant. Rien de larmoyant, de revanchard ou de plaintif, mais de l'autodérision. Une succession de faits ancrés dans l'histoire d'un pays, un récit ouvert qui accueille le lecteur, suscite l'empathie, accompagnera peut-être ceux et celles qui souffrent d'un parent toxique. Hervé Le Tellier se donne aujourd'hui le droit d'écrire ce livre, de raconter sa vie d'enfant à part. Son père et son beau-père sont morts, sa mère placée sous tutelle ne le lira pas. Les faits sont souvent glaçants mais perce constamment la petite flamme d'un enfant qui veut vivre, aimer la vie, qui a compris sans savoir l'identifier que quelque chose n'était pas normal et qui a su fuir et s'en sortir. Rarement l'expression "folle de jalousie" aura mieux été portée que par la mère du narrateur. Une jalousie qui ne s'explique pas vraiment, due sans doute à la trahison des hommes et au désir de vengeance qui est en né. Une vengeance aveugle, prenant pour cible principale son propre enfant. Ce qu'elle ignorait, c'est qu'elle n'allait pas réussir.

"Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé", explique l'auteur. "Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti. Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l'écrire enfin. Cette étrange famille, j'espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie."

C'est aussi l'histoire d'une génération dans la France d'alors que ce très beau récit extrêmement bien documenté. Hervé Le Tellier a l'art de placer des digressions intéressantes, comme cet avion sans train d'atterrissage non mobile, l'art de faire des affaires avec les assurances ou la place des Noirs dans la famille. S'il critique l'attitude maternelle, il montre aussi que le petit garçon qu'il était a trouvé des appuis. On se plait en compagnie de ce texte qui distille ses surprises et ses portraits.

"Ecrire "Toutes les familles heureuses" est une idée récente", me dit Hervé Le Tellier, de passage à Bruxelles. "Je l'ai commencé il y a deux ans et demi. Avec le premier chapitre qui n'a pas bougé. L'OuLiPo (NDLR: Ouvroir de Littérature Potentielle dont il est membre) organise des lectures publiques. Ce texte a été écrit pour qu'il soit oral, avec de l'humour, pour faire sourire un public de 300 personnes. Le feuilleton a duré pendant un an et demi. J'avais réduit les chapitres à sept ou huit minutes de lecture. J'ai conservé l'idée générale pour le livre, que le public découvre mon histoire familiale."

Le livre est toutefois plus intime, plus ironique aussi. Il se déroule de manière chronologique tout en étant parsemé de portraits thématiques. "C'est un livre binaire. La charnière est venue avec l'écriture. Au début, j'avais l'idée d'un livre ironique de bout en bout. Mais j'aurais été incapable de tout continuer sur le même ton. J'ai retrouvé l'ironie dans l'avant-dernier chapitre, pour le portrait de ma mère."

Chaque chapitre est titré, donnant une idée de ce qu'on va y trouver, les prénoms de la famille, mais aussi "Ma sœur la pute" ou "La mort de Piette". "Au début de l’écriture",  se rappelle Hervé Le Tellier, "j'avais fait des résumés en tête des chapitres, mais je les ai supprimés pour que le texte soit plus fluide. Par contre, j'ai gardé les exergues, que j'ai trouvés après. Je voulais un extrait de "L'Eglise" de Céline pour Guy, la phrase de Tolstoï pour le dernier chapitre."

Le cours de la famille Le Tellier aurait-il été différent si Hervé était né garçon? "Si j'avais été une fille, je n'aurais pas été investi du rôle qui consistait à venger mon père et mon grand-père. Je n'aurais pas fait Polytechnique. Mais ça ne se serait pas forcément mieux passé. Peut-être mon père aurait-il eu un rapport différent avec moi? En réalité, j'ai été sauvé par mes grands-parents. En écrivant le livre, j'ai calculé que je n'avais pas vu ma mère entre un an et quatre ans. Le lien avec ma mère ne s'est pas construit. Chez nous, on n'avait pas de salle à manger parce qu'on mangeait toujours à la table de ma grand-mère. Ma mère avait comme rêve de réunir trois générations, un rêve paysan, incompatible avec la société dans laquelle on était. Elle avait un rapport très fort avec ses parents dont elle était incapable de se séparer. Elle était une femme fragile et blessée, elle avait besoin de ce lien permanent. Pour elle, il était inconcevable que son fils rompe le lien."


Et aussi

Jamais deux sans trois
Deux des potes belges de l'auteur apparaissent au début de "Toutes les familles heureuses", Jean-Pierre Verheggen et Jean-Claude Pirotte. Le troisième larron, Thomas Gunzig, Hervé Le Tellier se le réserve pour la vraie vie.

Dix-huit chapitres
"Parce que 18 ans est l'âge de la majorité,
parce que le chiffre 18 signifie "en vie" dans la kabbale
et pour une raison personnelle."

L'amnésie d'une génération
Durant la guerre, deux institutrices parisiennes ont caché chez elles des élèves juives, ce qui n'a pas empêché que vingt-quatre d'entre elles soient déportées, des condisciples de la mère et de la tante de l'écrivain. Sans leur en laisser aucun souvenir. "L'amnésie d'une génération a entraîné la révolte de la jeunesse. Il est frappant de voir qu'elles ont des prénoms français." Hervé Le Tellier leur rend justice et publie leurs noms: Mira Adler, Nicole Alexandre, Jacqueline Berschtein, Alexandra Cheykhode, Fortunée Choel, Paulette Cohen, Renée Cohen, Paulette Goldblatt, Thérèse Gradsztajn, Rosette Heyem, Marceline Kleiner, Janine Lubetzki, Estelle Moufflarge, Colette Navarro, Huguette Navarro, Ethel Orloff, Gilberte Rabinowitz, Rose Rosenkrantz, Françoise Roth, Jacqueline Rotszyld, Jacqueline Rozenbaum, Marguerite Margot Scapa, Rose-Claire Waissman, Olga Zimmermann.

Le retour de Piette
Piette est apparue dans un roman précédent, "Assez parlé d'amour" (JC Lattès, 2009). La revoilà dans "Toutes les familles heureuses". "Je suis passé du "il" au "je". Du coup, j'ai pu faire plus de choses, ajouter des éléments psychologiques plus intimes. Le chapitre a augmenté. Piette a été une fulgurance, six ou sept mois de ma vraie vie. Avec le recul, cela me paraît presque irréel d'autant que c'était caché. A vingt ans, soit on bascule dans le noir, soit on oublie."

Une nouvelle à l'OuLiPo
Clémentine Mélois, qui a dessiné l'arbre généalogique de la famille Le Tellier, vient d'entrer à l'Ouvroir de Littérature Potentielle.

Les Le Tellier & co par Clémentine Mélois. (c) JC Lattès.

Poudlard
Extrait: "Non je ne trouve pas très sympathique l'atmosphère de Poudlard, dans "Harry Potter".
Explication: "J"ai des problèmes avec Harry Potter parce qu'il est tellement british. J'ai tellement détesté mon enfance british."


Pour lire en ligne le début de "Toutes les familles heureuses", c'est ici.



mardi 19 septembre 2017

Le vaste monde selon Björn, ours bienheureux

Björn et sa tortue. (c) Fourmis rouges.

L'an dernier, Delphine Perret nous avait réjouis avec son album "Björn, six histoires d'ours" (lire ici). Un album bonheur. Bien, très bien même, apprécié unanimement. Laissant sans doute un petit goût de trop peu. C'est qu'on en aurait volontiers repris quelques-unes en plus, de ces merveilleuses histoires d'ours. Un souhait aujourd'hui largement exaucé avec la sortie de "Björn et le vaste monde" (Les fourmis rouges, 64 pages), tout aussi réussi et enchanteur. A l'inverse du précédent, les pages sont cette fois jaune pâle et la couverture d'un bleu léger. On retrouve le trait précis et expressif de Delphine Perret, le caractère enjoué de Björn et ses amis, la jolie typo et l'excellent rapport texte-images. On savoure ce nouvel album et on jubile à nouveau de connaître Björn et Delphine Perret.

Dès "Réveil", on retrouve le ton enchanteur des "Six histoires d'ours". C'est le printemps dans ce deuxième volume. L'ours se réveille en douceur d'une longue sieste et croise plusieurs amis qui ont fait pareil que lui, la tortue, une nouvelle venue, le blaireau... D'autres copains leur racontent la neige, les petits faits de l'hiver. Mais c'est tous ensemble qu'ils prennent une pluie de pétales de cerisier.

La fantaisie, le don pour le bonheur et les réjouissances, le mélange entre des choses actuelles comme un téléphone portable et la vie dans la forêt sont à nouveau là, la cohabitation entre animaux et humains aussi. Tout ça se tricote harmonieusement dans les cinq histoires suivantes. "Téléphone" permet à chacun des animaux de commander la pizza de son choix avant de tout oublier pour des prunes bien mûres. "Pique-nique" célèbre la nature de façon absolument charmante. "L'invitation" réinvite Ramona pour une séance de piscine peu commune. "Bus 43" est une balade à hauteur d'enfants voyageurs. Quant à "La lettre", ce chapitre un rien philosophique traite entre autres de l'amitié et fait la boucle avec la nouvelle amie rencontrée dans "Réveil".

Pas facile de réussir un second volume aussi séduisant et délicat que le premier. Delphine Perret le fait haut la main, avec toujours ce souci des détails et dans le texte et dans l'image. Björn, son ours qui cultive le bonheur, est là, à ne pas rater. A partir de 4 ans.




"Réveil" dans "Björn et le vaste monde". (c) Les fourmis rouges.




lundi 18 septembre 2017

Les "Repères" de Jochen Gerner, faut le faire!

Vasco de Gama, en couverture de "Repères". (c) Jochen Gerner.


Depuis avril 2014, "Le 1" décrypte chaque semaine un sujet d'actualité. Un seul, et pas que d'actualité française, avec des journalistes, des écrivains, des chercheurs et des artistes.
Particularité de l'hebdomadaire fondé par Eric Fottorino, Laurent Greilsamer, Henry Hermand et Nathalie Thiriez, il est publié sur une seule grande feuille de papier pliée en trois. Il paraît en France le mercredi, en Belgique le jeudi.

Dès le premier numéro, et dès même le numéro zéro, le dessinateur Jochen Gerner (presse, bande dessinée, expositions) a été associé à l'affaire. Il est en charge de la rubrique "Repères", série de données qu'il met lumineusement en images. Sur le principe de l'infographie mais avec de vrais dessins, faits à la main par un humain. De loin, on reconnaît son style synthétique et minimaliste, terriblement attractif. De passage à Bruxelles, il m'explique: "Faire les "Repères" pour le "1" me plaît beaucoup. Je travaille avec eux depuis le premier numéro, le numéro 0. Ils m'avaient contacté sur la suggestion d'Antoine Ricardou, le concepteur de l'identité visuelle et graphique du journal."

Aujourd'hui, les lecteurs du "1" et les autres ont de la chance. Les "Repères" de Jochen Gerner sortent en un épatant recueil qui en rassemble 117, présentés de façon chronologique (Casterman, 240 pages). L'épais ouvrage, en noir et blanc comme dans le journal, à l'exception des couvertures, est sous-titré "2.000 dessins pour comprendre le monde". J'ignore s'il y a  2.000 dessins mais je sais que ces "Repères" constituent une formidable documentation. Une mine d'informations. Un travail de titan alliant art et connaissances.

"Chaque semaine", précise Jochen Gerner, "la rédaction du "1" choisit le sujet du "Repères" et m'en fournit les textes. A moi de chercher la documentation et l'iconographie. Je trouve principalement ma documentation sur internet mais je la vérifie beaucoup. Il me faut trois ou quatre images pour avoir une idée de "Repères". Il doit y avoir du rythme entre les personnages et les éléments. J'adore utiliser les pictogrammes et les logos. Je fais une première esquisse que je soumets à la rédaction. Quand elle est validée, je passe à l'encrage. Cela me prend deux jours pleins en travaillant tard le soir, chaque semaine, en général en début de semaine. Maintenant, le mouvement est bien installé. J'ai aussi appris à faire des portraits, tout en restant toujours dans mon style. Il y a des sujets plus faciles pour moi comme l'art ou la géographie et puis d'autres qui sont plus ardus, comme l'économie ou la politique. Je veux à tout prix conserver mon style de dessin, créer un ping-pong entre les textes et les images. Des contraintes qui plaisent bien à l'OuBaPien (NDLR: OuBaPo, Ouvroir de bande dessinée potentielle, créé en 1992, sur le modèle de l'OuLiPo, Ouvroir de Littérature Potentielle) que je suis.

"Repères" propose les planches selon la chronologie où elles ont été publiées. On commence le 1er avril 2014 avec le projet proposé par le "1". On s'arrête le 10 mai 2017 avec "Un trentenaire à l'Elysée". Entre les deux, une multitude de sujets français et internationaux, liés à l'actualité ou davantage dans le domaine des idées. Les réfugiés, les drones, les droits civiques, les musulmans dans le monde, la gauche, Poutine, Trump, Merkel... Les planches sont complétées d'un bref texte, en haut à droite, contextualisant leur sujet. Les voir défiler rappelle les titres des journaux d'hier. Mais surtout, le format de la double page illustrée incite à plonger dans ces données utiles si bien présentées. Jochen Gerner sait y faire pour capter l'attention! Ses "Repères" concis tout en étant bourrés d'infos pourraient utilement remplacer Wikipédia. Sauf qu'on a beau chercher un index des sujets traités, il n'y en a pas. Et c'est vraiment dommage, parce que son absence empêche la consultation et la recherche. Une seule solution, tout lire.

Les curieux apprendront avec intérêt que les prochains sujets traités sont "Les suprémacistes blancs aux USA" dans le numéro du 20 septembre, et ensuite les dictionnaires.

Les amateurs de cuisine de dessinateur seront surpris d'apprendre que Jochen Gerner dessine ses "Repères" à l'horizontale, comme ce qui en est devenu le recueil, non par prémonition ou pour forcer le destin mais par confort de dessinateur et que le "1" les publie en format vertical!

Le dessin original de Jochen Gerner.


Sa publication dans le "1".

La double page du "Repères" tout juste paru. (c) Casterman.


samedi 16 septembre 2017

Une quasi septuagénaire à mieux respecter

Une couverture sobre, trois silhouettes qui se tiennent sur ce qui pourrait être notre Terre. Un petit format, mais épais. On comprend tout de suite pourquoi en tournant les pages: elles sont animées. Il y en a sept, doubles, frappantes par la force de leur contenu et leur mise en images. Quelques mots et une composition en volume pour illustrer des fondamentaux universels. Il s'agit de "La déclaration universelle des droits de l'homme" qu'illustre ici Jean-Marc Fiess (Albin Michel Jeunesse, collection "Trapèze", 9 doubles pages). La version simplifiée de la déclaration complète, accessible aux plus jeunes, complète l'astucieux pop-up. Dès 4 ans.

Impossible évidemment d'aborder les trente articles de la Déclaration dans ce projet jeunesse. Aussi Jean-Marc Fiess a-t-il préféré y puiser sept grands thèmes qu'il a symbolisés en autant d'images animées légendées chaque fois d'une phrase simple la résumant. Par contre, il reprend en deux doubles pages à la fin du livre la version simplifiée pour enfants, validée par l'ONU, des trente articles.

Première double page. (c) Albin Michel Jeunesse.

"Naître libres et égaux", lit-on et une silhouette humaine apparaît au cœur d'un parallélépipède en miroir. "Etre respectés et protégés et respectés" et la même silhouette marche entre des chaînes brisées. Les sept idées de scénographie sont formidables et redoutablement efficaces. L'auteur de l'album "9 mois", notamment (lire ici), s'est surpassé graphiquement pour créer un message fort et simple, accessible aux plus jeunes. Une belle économie de moyens, l'usage de trois couleurs, un bleu européen, un jaune solaire et le noir en complément du blanc des pages. Bravo et chapeau!

La dernière animation de papier. (c) Albin Michel Jeunesse.

Il est urgent de reparler des droits de l'homme. La Déclaration Universelle des droits de l'homme date de 1948. Quasi septuagénaire, elle est constamment bafouée de par le monde. Puisse-t-elle être mieux respectée.


D'autres versions illustrées

Ce n'est pas la première version illustrée de la "Déclaration universelle des droits de l'homme" qui paraît. Le texte ou sa déclinaison junior, la "Déclaration des droits de l'enfant" ont déjà souvent été à l'honneur. En général, à l'occasion de dates anniversaires, reconnaissons-le, et souvent chez le même éditeur.

En vrac, et parfois épuisés:

Le livre des droits de l'homme
préface de Robert Badinter
illustrations de Jacqueline Duhême
Gallimard jeunesse (plusieurs éditions)
2005
lire ici



Déclaration universelle
des droits de l'homme
images de William Wilson
Mango
2003


Nous naissons tous libres...
La déclaration universelle des droits de l'homme en images
adapté par Félix Cornec
Circonflexe/Amnesty International
2008





Tous les humains ont les mêmes droits
 La Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 racontée aux enfants
Marie-Agnès Combesque
illustrations de Clotilde Perrin
Rue du Monde
72 pages
2008



Le grand livre des droits de l'enfant
Alain Serres
illustrations de Pef
Rue du Monde
1997 et 2008



Déclaration universelle des droits de l'homme
collectif d'illustrateurs
Editions du Chêne
2015





Déclaration universelle
des droits de l'homme
illustrations d'Eric Puybaret
Gautier-Languereau
48 pages
2008





La Déclaration des droits de l'enfant
Dix illustrateurs
Grasset
1989

Le chaperon voit rouge
Joanna Olech
illustrations de Edgar Bak
traduit et adapté du polonais
par Lydia Waleryszak
La joie de lire, 96 pages
2016
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Les droits de l'enfant
illustré par Charlotte Roederer
Gallimard Jeunesse
Mes premières découvertes
24 pages
2009


J'ai le droit d'être un enfant
AlainSerres
illustrations d'Aurélia Fronty
Rue du Monde
48 pages
2009

Le premier livre
de mes droits d'enfant
Alain Serres
illustrations de Pef
Rue du Monde
96 pages
2009

Vive la convention
des droits de l'enfant!
Claire Brisset
illustrations de Zaü
Rue du Monde
72 pages
2009