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vendredi 12 janvier 2018

L'amour à mort d'une mère face à la mer

Gaëlle Josse (c) Héloïse Jouanad/Libella

Le vent, la mer, le froid, l'espoir, l'attente, il y a tout cela dans le nouveau roman de Gaëlle Josse, son sixième, le superbe "Une longue impatience" (Noir sur Blanc, Notabilia, 192 pages). Il y a surtout l'amour, immense, d'une mère pour son fils de seize ans qui a quitté la maison et a pris la mer. Un amour de mère, éternel, inaltérable, patient, infini, silencieux. Un amour de mère tout simplement. Un amour à mort. Excellente pioche que ce premier livre lu dans l'abondante rentrée de janvier.

On est dans la Bretagne de l'immédiat après-guerre. Quand l'éducation ne s'occupe pas de psychologie, que les coups sont monnaie courante dans les familles. Quand on se remet d'années noires, dures, éprouvantes physiquement et moralement, de deuils immérités. Quand le quotidien est encore difficile, qu'on se lance dans l'inconnu avec l'infime espoir d'une revanche sur les chagrins passés. Quand on veut avoir confiance. Quand on pense avoir le droit d'être plus heureuse malgré d'autres renoncements. C'est tout cela qu'Anne Quémeneur nous fait sentir dans ce texte sans gras, extrêmement délicat, dont les mots sont comme une marée montante ou descendante. La jeune femme est la narratrice de ce roman qui touche profondément, remue et bouleverse. L'histoire d'un fils qui part et d'une mère, fragile et forte, qui attend.

"Une longue impatience" commence le soir d'avril 1950 où Louis, seize ans, le fils qu'Anne a eu avec le pêcheur Yvon Le Floch, son grand amour mort en mer, ne rentre pas à la maison. Qu'expliquer à Gabriel et à Jeanne, les enfants qu'elle a eus ensuite avec Etienne, le pharmacien du village, avec qui elle s'est remariée après son veuvage? Peut-on aimer l'enfant d'un autre lit? Changer de classe sociale? On va côtoyer Anne dans ses interrogations, ses souvenirs, ses chagrins, ses désirs de toujours faire au mieux, ses déceptions. On va la suivre dans son attente de plus en plus longue de son fils aîné. Petit à petit s'assemble le puzzle de la vie dans ce petit coin de Bretagne d'hier, avec ses rites et ses habitudes, bien avant les moyens de communication actuels. Le silence, l'espoir, le guet font partie de la vie de tous les jours.

Qu'est devenu Louis? Pourquoi ne donne-t-il pas de ses nouvelles? Comment tenir, résister, avancer, ne pas devenir folle? Anne a trouvé sa voie: donner de l'amour, remballer sa tristesse, sauf aux moments où elle est seule et où elle peut trouver une consolation. Année après année, elle tente tout, dans la modeste mesure de ses moyens,  pour retrouver son fils. Pour tromper son angoisse, elle fait de très beaux projets pour son retour et les concrétise en secret. Faibles béquilles à cet amour infini, mieux compris par les lecteurs que par le mari d'Anne. Dans un texte extrêmement sensible, la romancière raconte le quotidien de cette femme généreuse, débordante d'amour, ses questions, sa souffrance dans l'attente. Quelle beauté que ces mots fins et précis qui ne cherchent pas l'effet mais touchent à l'âme. Des larmes me coulaient en terminant cette lecture magnifique. D'où venaient-elles? Peut-être de l'empathie, réelle ou rêvée, entre mères. Merci à Gaëlle Josse et à son Anne Quémeneur pour cet incroyable moment de grâce.











mercredi 10 janvier 2018

Les six lauréats des prix Sorcières 2018

Les lauréats 2018 des prix Socières. Affiche d'Isabelle Simler.

On le savait, les prix Sorcières changeaient cette année (lire ici).

Voici les lauréats de la nouvelle formule.
Pas beaucoup d'originalité par rapport aux prix déjà décernés.
Deux titres illustrés par Régis Lejonc, deux livres Gallimard mais la présence de trois jeunes maisons d'édition.
Félicitations aux auteurs et à leurs éditeurs.

Palmarès

CARRÉMENT BEAU MINI 


Profession crocodile
Giovanna Zoboli
Mariachiara di Giorgio
Les fourmis rouges, mars 2017




CARRÉMENT BEAU MAXI


Le jardin du dedans-dehors
Chiara Mezzamala
Régis Lejonc
Éditions des éléphants, septembre 2017







CARRÉMENT PASSIONNANT MINI


Pax et le petit soldat 
Sarah Pennypacker 
Jon Klassen 
traduit de l'anglais par Faustina Fiore
Gallimard Jeunesse, janvier 2017
à feuilleter ici





CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI


Sirius
Stéphane Servant
Rouergue, août 2017
à feuilleter ici








CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION


Cœur de bois
Henri Meunier
Régis Lejonc
Editions Notari, mars 2017








CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION


Colorama : Imagier des nuances de couleurs
Cruschiform
Gallimard Jeunesse, octobre 2017
lire ici














jeudi 4 janvier 2018

Le décès de l'écrivain israélien Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld.

Une nouvelle année commence et déjà trois disparitions dans le monde de la littérature.

Hier, 3 janvier, on apprenait le décès la veille de l'éditeur Bernard de Fallois, à l'âge de 91 ans.

Ce matin, celui, survenu le 2 janvier en Guadeloupe, de l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L. Il avait 73 ans. Stupeur.

Ce matin encore, celui du magnifique écrivain israélien Aharon Appelfeld., survenu en Israël à l'âge de 85 ans. Hier, je me réjouissais d'avoir encore à lire "De longues nuits d'été", son roman jeunesse sorti au printemps (traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti, l'école des loisirs). Tristesse infinie.

Ici, la déclaration d'amour que je lui avais faite lors de son passage à Bruxelles en 2014.

En voici le début.
"Aharon Appelfeld, c'est simple, je l'aime.
J'aime l'homme, né à Czernowicz en 1932, sa force, son esprit de résistance, sa capacité d'adaptation.
J'aime l'écrivain. Celui qui écrit pour les adultes, beaucoup (plus de 40 livres) et  depuis longtemps, en hébreu, cette langue qu'il a apprise à l'adolescence. Celui qui s'est décidé, à 80 ans passés, de se lancer dans un roman pour enfants.
Aharon Appelfeld, c'est simple, je l'aime."

lundi 1 janvier 2018

Une nouvelle année commence



Pour lire les chroniques déjà publiées,

libellé "jeunesse" pour la littérature de jeunesse, 

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ou à votre guise. 

Promenez-vous! Amusez-vous! Lisez!