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vendredi 30 mars 2018

Petites nouvelles de la Foire de Bologne


La 55e Foire internationale du livre pour enfants vient de se dérouler à Bologne du 26 au 29 mars. Avec en pays invité la Chine. Cette dernière a notamment emmené une grande exposition d'illustrations anciennes, "Chinese Ancient Illustration art exhibition".


Cette édition a enregistré 110 nouveaux exposants (+ 8,7 %) sur un total de 1.390, provenant de 77 pays, et a reçu 27.642 visiteurs (+ 3 %), dont 12.403 étrangers (+ 6 %).

Prix

Lundi ont été décernés les prix Andersen de l'IBBY (lire ici).
Mardi le prix Astrid Lindgren (lire ici).



Les BolognaRagazzi Awards 2018, dévoilés le 10 février dernier, ont été remis officiellement le 26 mars. Une belle consécration pour la création française: deux récompenses pour les éditions du Rouergue, deux pour Actes Sud Junior, une pour MeMo, Albin Michel Jeunesse, L'agrume, Les Grandes Personnes, Hélium ainsi que pour Vincent Godeau et Agathe Demois. Pour en retrouver les lauréats en détail, c'est ici et ici.
1.417 livres provenant de 41 pays du monde entier ont été soumis au jury 2018, composé de l'illustrateur britannique Noma Bar, du critique français Philippe-Jean Catinchi, de l'artiste italien Francesco Franchi, de la libraire argentine installée à Berlin Mariela Nagle et du bibliothécaire danois Jannick Mulvad.

Les BOB aussi. Les BOB? Les Bologne prize best children' s publishers of the year 2018. Les prix récompensant, par continents, les meilleurs éditeurs 2018.

Les lauréats sont:

Les candidats étaient:

Afrique
  • Boustany's Publishing House Dạr Ạlbstạny Llnsẖr Wạltwzyʿ-Egypte
  • Sub-Saharan Publishers-Ghana
  • Jacana Media-Afrique du sud
  • Protea Boekhuis-Afrique du sud
  • Éditions Ruisseaux d'Afrique-Bénin
Asie
  • 책읽는곰 Bear Books - Corée du sud
  • 福音館書店 Fukuinkan Shoten - Japon
  • Tamer Institute For Community Education Mw̉ssẗ Tạmr Lltʿlym Ạlmjtmʿy-Palestine
  • Tulika Publishers-Inde
  • "Զանգակ" Hratarakčʻutʻyun / Zangak Publishing House-Arménie
Centre et Amérique du Sud
  • Editorial Amanuta-Chili
  • Ediciones Iamiqué-Argentine
  • Ediciones El Naranjo-Mexique
  • Tragaluz Editores-Colombie
  • Ediciones Tecolote-Mexique
Europe
  • Clavis Publishing-Belgique
  • Wydawnictwo Dwie Siostry-Pologne
  • Liels un mazs-Lettonie
  • Minedition-Allemagne
  • Издательский Dom "Samokat" samokat maison d'édition - Russie
Amérique du Nord
  • Annick Presse - Canada
  • Candlewick Press-USA
  • D'eux Editions D'Eux - Canada
  • Owlkids-Canada
  • Eerdmans Books for Young Readers-USA
Océanie
  • Magabala Books-Australie
  • Onetree House - Nouvelle-Zélande
  • Oratia-Nouvelle-Zélande
  • Scribble Kids' Books-Australie
  • Windy Hollow Books-Australie



Vendi Vernic.
La lauréate du neuvième  Bologna Children’s Book Fair - Fundación SM International , destiné aux illustrateurs de moins de trente-cinq ans, est l'artiste croate Vendi Vernić. Elle a été choisie parmi 3.053 candidats provenant de 72 pays par un jury composé de Steven Guarnaccia, Katsumi Komagata et María Fernanda Paz-Castillo. L'illustratrice a été sélectionnée pour la beauté de ses œuvres riches en poésie, charme, sens de l'humour et en même temps de grande rigueur.



Lluís Prats Martínez, en catégorie plus de 6 ans, et Paola Zannoner, en catégorie de 6 à 11 ans, sont les lauréats du troisième Premio Strega Ragazzi e Ragazze Award.

Les finalistes étaient

Catégorie + 6
  • "La bambina selvaggia" ("Miss Happiness and Miss Flower"), de Rumer Godden (traduit par Marta Barone (Bompiani)
  • "I numeri felici", de Susanna Mattiangeli (Vànvere)
  • "Hachiko. Il cane che aspettava" ("Hachiko, el perro que esperaba"), de Lluis Pratz Martinez (traduit par Alberto Cristofori, Albe)
  • "L'università di Tuttomio", de Fabrizio Silei (Il Castoro)
  • "Io sono soltanto una bambina" ("Ich bin hier bloß das Kind"), de Jutta Richter (traduit par Bice Rinaldi, Beisler)
Catégorie + 11
  • "Il grido del lupo" ("The Cry of the Wolf"), de Melvin Burgess (traduit par Angela Ragusa, Equilibri), en français "Le Cri du loup" (Pocket jeunesse, 1996)
  • "L'albero delle bugie" ("The Lie Tree"), de Frances Hardinge (traduit par Giuseppe Iacobaci et Claudia Lionetti, Mondadori), en français "L'île aux mensonges" (traduit par Philippe Giraudon, Gallimard Jeunesse, 2017)
  • "Hotel Grande A." ("Hotel De Grote L"), de Sjoerd Kuyper (traduit par Anna Patrucco Becchi, La Nuova Frontiera), en français "Hôtel Grand Amour" (traduit par Emmanuèle Sandron, Didier Jeunesse, 2017)
  • "Il giardino dei musi eterni", de Bruno Tognolini (Salani)
  • "L'ultimo faro", de Paola Zannoner (DeA)


Conférence



Le "New York Times Best Illustrated Children's Books Award" (lire ici) récompense chaque année les meilleurs livres illustrés pour les enfants et, unique en son genre, évalue exclusivement le mérite artistique des images, quel que soit le texte.
A l'occasion de ses 65 ans, la prestigieuse récompense a organisé à la Foire de Bologne une table ronde avec quelques-uns des plus grands noms de l'édition jeunesse, Leonard S. Marcus, Steven Guarnaccia, Deirdre Mcdermott (Walker Books), Anne Schwartz (Schwartz & Wade Books / Random House), Neal Porter (VP And Publisher, Neal porter books, Holiday House Books for Young People), Patricia Aldana (Ibby International Board on Books for Young People), Béatrice Vincent (Albin Michel Jeunesse), Beatrice Alemagna, Suzy Lee, Laura Carlin, Paul O. Zelinsky, Sydney Smith et Maria Russo (New York Times).


Nouveautés


Carla Poesio.
La Foire de Bologne 2018 a célébré Carla Poesio, une de ses fondatrices décédée 29 mai 2017 à l'âge de 91 ans, avec un colloque qui lui a été dédié, "Carla Poesio, une femme de passion: étudier, interpréter, écrire des livres pour enfants".

Un "Carla Poesio Memorial Award" a également été créé, qui sera décerné l'année prochaine à la meilleure thèse de maîtrise italienne dédiée à la littérature pour enfants.







mardi 27 mars 2018

Le prix Astrid Lindgren à Jacqueline Woodson



Le prix Astrid Lindgren 2018 (570.000 euros) couronne la romancière américaine Jacqueline Woodson, à peu près inconnue en traduction française. Elle a été choisie parmi les 235 finalistes, en provenance de 60 pays (liste complète ici).

Jacqueline Woodson est née en 1963  à Columbus, dans l'Ohio. Elle a grandi entre Greenville (Caroline du Sud) et Brooklyn (New York), où elle vit actuellement. Elle est l'auteure de plus de trente livres, des romans, de la poésie et des albums jeunesse. Si elle écrit essentiellement pour les jeunes ados, elle s'adresse également aux enfants et aux adultes. Un de ses livres les plus appréciés est son récit autobiographique "Brown Girl Dreaming" (2014), non traduit. Il décrit sous forme de poème l’enfance d’une Afro-Américaine dans les années 1960 et 1970.

Le jury de l'ALMA dit à son propos: "Jacqueline Woodson nous emmène à la rencontre de jeunes qui luttent pour  pour surmonter leur vulnérabilité et trouver une place où ancrer leur existence. Dans un style aussi léger que l'air, elle déploie des histoires d'une richesse et d'une profondeur retentissantes. Jacqueline Woodson capte une note poétique unique dans une réalité quotidienne partagée entre tristesse et espoir."

Jacqueline Woodson écrit souvent à propos d'ados qui quittent l'enfance pour entrer dans l'âge adulte. Elle se distingue par sa parfaite maîtrise de la description des personnages
et son intime compréhension des pensées et des sentiments qui animent la jeunesse. Son œuvre révèle une compréhension profonde de l'adolescence.  Ses livres sont écrits à la première personne, souvent  d'un point de vue féminin. Le racisme, la ségrégation, l'injustice économique, l'exclusion sociale, les préjugés et l'identité sexuelle sont des thèmes récurrents dans son œuvre. En janvier, elle a été nommée ambassadrice nationale pour la littérature pour les jeunes aux États-Unis.

Jacqueline Woodson: "Il est important de tendre des miroirs aux enfants pour qu'ils voient que leurs expériences sont légitimes. Trop souvent, ces miroirs leur manquent."

Très peu de livres de Jacqueline Woodson en français. Au travail, les éditeurs et les traducteurs!

En jeunesse


"Le secret" (traduit par Claudine Wellhoff , Pocket Jeunesse, 2000).
Marie a douze ans. Elle est noire. Sa famille vit dans l'aisance. Lena, elle aussi, a douze ans. Elle est blanche. Et pauvre. Au collège tout le monde la rejette. Sauf Marie. Une amitié profonde, faite de moments de bonheur, de complicité, de confidences. Mais les choses insoutenables que Lena finit par raconter à Marie sont-elles vraiment possibles? A-t-on le droit de les tenir secrètes?

"Mon bel amour... ma déchirure" (traduit par Luc Rigoureau, Hachette, 2004).
Jeremiah, seize ans, est noir et vient de Brooklyn. Lui et Elisha, élèves du même lycée de Manhattan, tombent amoureux au premier regard. Elisha est blanche, juive, habite Central Park Ouest. Si tout les sépare, les deux adolescents vont vivre, envers et contre tout leur premier amour. Mais les plus belles histoires peuvent se finir le plus bêtement du monde, par une fin d'après-midi enneigée, alors que les lèvres ont encore le goût du baiser que l'on vient de donner...

"Le garçon qui n'était pas noir" (traduit par Agnès Piganiol, Bayard jeunesse, 2011).
Frannie vit dans le quartier noir d'une ville américaine, de l'autre côté de l'autoroute, au-delà du quartier des Blancs. Un jour, Frannie voit arriver dans son école un nouvel élève. Il est maigre, a de longs cheveux bouclés, et surtout il est blanc. Très vite, on le surnomme "Jésus", et il devient le souffre- douleur de Trevor, un jeune métis craint par tous. Frannie, elle, intriguée par cet étrange garçon blanc, tente de tisser des liens...


En littérature générale

"Un autre Brooklyn" (traduit par Sylvie Schneiter, Stock, 2018).
"La première fois que j'ai vu Sylvia, Angela ét Gigi, ce fut au cours de cet été-là. Elles marchaient dans notre rue, en short et débardeur, bras dessus bras dessous, têtes rejetées en arrière, secouées de rire. Je les ai suivies du regard jusqu'à ce qu'elles disparaissent, me demandant qui elles étaient, comment elles s'y étaient prises pour... devenir." August, Sylvia, Angela et Gigi sont quatre adolescentes, quatre amies inséparables qui arpentent les rues du Brooklyn des années 1970, se rêvant un présent différent et un futur hors du commun. Mais un autre Brooklyn, où le danger rôde à chaque coin de rue, menace les espoirs et les promesses de ces jeunes filles aux dernières heures de l'enfance.

Le prix de littérature à la mémoire d'Astrid Lindgren  sera remis à Jacqueline Woodson par S.A.R. la Princesse héritière Victoria de Suède, lors d'une cérémonie organisée à la Maison des concerts de Stockholm le lundi 28 mai 2018.


Les lauréats ALMA précédents

2017 Wolf Erlbruch (lire ici)
2016 Meg Rosoff (lire ici)
2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici)
2013 Isol
2012 Guus Kuijer (lire ici)
2011 Shaun Tan
2010 Kitty Crowther
2009 Tamer Institute
2008 Sonya Hartnett
2007 Banco del Libro
2006 Katherine Paterson
2005 Philip Pullman et Ryôji Arai
2004 Lydia Bojunga
2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger

Ce n'est pas pour rien que le Astrid Lindgren Memorial Award est aujourd'hui considéré comme l'équivalent jeunesse du prix Nobel de littérature, détrônant les prix Andersen de l'IBBY de cette appellation. Il est le prix en littérature de jeunesse le plus important au monde.


lundi 26 mars 2018

Les prix Andersen 2018 de l'IBBY sont connus

Une illustration d'Igor Oleynikov, prix Andersen 2018.

Déception du côté francophone, l'IBBY (International Board on Books for Young People) n'a décerné les prix Andersen 2018 ni à Marie-Aude Murail, ni à Albertine, retenues en sélection finale pour les auteurs et pour les illustrateurs (lire ici).

Les lauréats révélés à Bologne ce lundi 26 mars sont l'écrivaine japonaise Eiko Kadono et l'illustrateur russe Igor Oleynikov. Tous les deux sont extrêmement mal connus en traduction française.

Eiko Kadono.
Née à Tokyo en 1935, Eiko Kadono, nous apprend l'IBBY, est l'auteur d'albums merveilleux ou amusants, d'une série importante de romans sur la sorcière Kiki (traduits notamment en anglais et en italien), et d'un remarquable roman sur la Seconde Guerre mondiale. Les livres d'Eiko Kadono, ajoute l'IBBY, sont  toujours surprenants, engageants et stimulants. Et presque toujours amusanst. Et affirmant toujours la vie.

Quelques mots lumineux de l'auteure: "Ouvrir un livre, c'est comme ouvrir la porte à différents mondes. Mais ce que la fin d'un livre nous apporte n'est pas la fermeture d'une porte, mais l'ouverture d'autres portes, parce que quand nous lisons une histoire nous arrivons à voir des mondes différents, qui sont, à leur tour, des commencements."

Eiko Kadono a publié environ deux cents livres pour toutes les tranches d'âge, albums, romans jeunesse, romans pour jeunes adultes, anthologies. Elle a aussi traduit en japonais plus de cent œuvres d'auteurs étrangers dont par exemple Raymond Briggs.

D'Eiko Kadono, nous connaissons les albums
"Docteur Ours" (illustré par Mako Taruishi, l'école des loisirs, 1989, indisponible)
et
"Bébé arrive!" (illustré par Koshiro Hata, traduit pas Fédoua Lamodière, Nobi Nobi, 2016).








Igor Oleynikov.
Igor Oleynikov est encore moins connu sur les terres francophones.
A son propos, l'IBBY dit ceci: Oleynikov apporte le grand vocabulaire artistique russe, le style et la passion à son travail. Il illustre fréquemment les maîtres russes, Pouchkine, Gogol, Trotsky, Brodsky, les amenant à notre sensibilité contemporaine. Ses versions des classiques sont toujours originales et surprenantes, jamais évidentes ou à quoi on pourrait s'attendre. Il est également brillant avec Andersen, Grimm, l'Ancien Testament et Lear. Alors qu'il excelle à la forme courte,  poèmes, histoires, contes traditionnels, il peut aussi créer de fabuleux livres d'images. Son talent ne connaît pas de limites.

Né en 1953 à Lyubertsy près de Moscou, Igor Oleynikov est à la fois peintre et illustrateur. S'il dessine depuis son enfance, il a fait des études d'ingénieur chimique durant six ans et a travaillé trois ans dans cette voie. Mais en 1979, il a commencé à travailler comme un artiste dans un studio d'animation. Sept ans plus tard, il a débuté comme illustrateur dans des magazines pour enfants et dans des livres. Il a illustré plus de 80 livres pour enfants et jeunes adultes, dont beaucoup de contes classiques. Il utilise principalement la gouache et dit ceci de son travail: "J'utilise tout ce qui me tombe sous la main: balais, chiffons ... tant que l'idée est mise en œuvre de manière expressive. Pour moi le plus grand compliment du lecteur pourrait être un cri surpris "Ah!" quand il ouvre un livre avec mes illustrations."

En français, nous ne connaissons de lui que l'album épuisé "Une surprise pour Pâques" (texte de Nancy-E Walker-Guye, traduit par Katya Barbery, Nord-Sud, 2005).


Ceci n'est sans doute pas le plus représentatif de son travail.
Voici quelques autres images d'Igor Oleynikov.

Une illustration d'Igor Oleynikov, prix Andersen 2018.

Une illustration d'Igor Oleynikov, prix Andersen 2018.

Une illustration d'Igor Oleynikov, prix Andersen 2018.


Pour rappel, l'appellation Andersen recouvre plusieurs manifestations qu'on confond souvent, à lire ici.

Le Prix IBBY-Asahi 2018 de promotion de la lecture récompense l'association française Les Doigts Qui Rêvent (ici) qui, depuis 1983, propose des livres tactiles illustrés.









samedi 24 mars 2018

Du Mexique à la Maison Autrique

Hubert Antoine.

Lauréat du prix Rossel 2016 pour "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici), son fantastique premier roman, Hubert Antoine a délaissé  durant quelques jours le Mexique où il réside depuis vingt ans. Le natif de Namur, il y est né en 1971, se trouve en Belgique où il participe à quelques rencontre littéraires. Dont une, ce lundi 26 mars à 19 heures à la Maison Autrique, dans le cadre du cycle "Portées-Portraits". Une chance pour nous, car ces rendez-vous schaerbeekois mensuels, organisés par Geneviève Damas, associent questions à l'auteur, lecture en musique d'extraits de son livre en sa présence, rencontre informelle avec l'écrivain ensuite. Le tout dans le cadre merveilleux de la Maison Autrique.

Pour résumer en trois mots, "Danse de la vie brève" raconte le destin d'une jeune Mexicaine de vingt-trois ans, Melitza, durant l'année 2006. C'est trop peu, car cet exceptionnel premier roman est bien plus que cela. Il est la transposition en littérature de faits réels avec un romanesque assuré et très réussi. Hubert Antoine a choisi de l'écrire sous forme de journaux intimes posthumes. Trois carnets où Melitza consigne ce qui lui arrive durant cette année. Sa rencontre avec Evo à Guadalajara, géant sage et bienveillant dont elle tombe follement amoureuse. Le drame qu'elle vit quand elle est  arrêtée par la police en compagnie de son père et d'Evo. Leur fuite durant six mois sur une plage du Pacifique pour se faire oublier et se remettre. Leur retour à la vie organisée en compagnie d'Adrian, un ami de son père qui les installe chez un peintre, à Oaxaca, alors en pleine révolution citoyenne.

Dans ces carnets, Melitza dit tout, ce qui va, ce qui ne va pas, elle nous présente ses proches, raconte sa vie d'orpheline, ses frères, et aussi la réalité du Mexique. C'est une jeune femme libre qui s'exprime, qui aime le sexe comme l'y a encouragée son père. Une jeune femme amoureuse, on l'a dit, qui apprend beaucoup de son beau géant. Une jeune femme bien dans ses baskets, bien dans sa relation avec son père. Une jeune femme engagée aussi, qui sera prise dans le tourbillon d'une démocratie qui dérange.

Hubert Antoine a eu la très bonne idée de faire intervenir le père dans les journaux de sa fille. Ses commentaires sont un superbe contrepoint d'un point de vue littéraire. Il interviendra également en finale avec un "Complément au journal de ma fille", écrit deux ans plus tard. L'écrivain reprend ensuite sa place en rendant hommage au journaliste Bradley Roland Wheyler, mort le 27 octobre 2006 dans la commune livre d'Oaxaca, d'une balle tirée dans le cœur par un mercenaire.

Ce premier roman nous plonge à la fois dans l'histoire récente du Mexique, vue du côté de ses habitants, et dans une magnifique histoire d'amour, folle, inouïe, sans doute consolatrice. Violence et séances de chant ou de danse s'y succèdent magnifiquement, permettant de découvrir des personnages extraordinairement humains. Superbe texte que ce roman qui réinvente l'écriture, séduit et emporte.

Ce lundi 26 mars, dès 19 heures, Hubert Antoine sera à la Maison Autrique pour une rencontre avec le public. A 20h15 commencera une lecture-spectacle de "Danse de la vie brève". Claire Tefnin lira des extraits de cet innovant premier roman, accompagnée musicalement par Gilles Masson, dans une mise en voix d'Emmanuel Dekoninck. A l’issue de la lecture en soirée, un verre est offert, occasion de se rencontrer de manière conviviale en présence de l'auteur, rare sous nos latitudes.

La manifestation est organisée par l'asbl Albertine avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, service de la Promotion des lettres, de la Maison Autrique, de Laïcité-Schaerbeek, des Bibliothèques Communales de Schaerbeek et de Bibla. Elle se déroulera à la Maison Autrique (chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles). Lecture à 20h15, rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Renseignements et réservation par mail à albertineasbl@gmail.com ou par téléphone au 02 245 51 87.

Et pour patienter, quelques éléments sur le nouveau roman qu'Hubert Antoine est en train d'écrire. Il ne faudra pas attendre dix ans entre deux publications comme pour le précédent. "Danse de la vie brève" est sorti en 2016, dix ans après "Introduction à tout autre chose" (Verticales), recueil de textes en prose. Il est vrai qu'Hubert Antoine a aussi publié plusieurs livres de poésie, au Cormier et à La Lettre volée.

Ce nouveau livre se déroulera aussi au Mexique. Nom de code ultra-secret: Rio Bravo. Il aura trois héros qui passeront "six mois de sel, de désirs et d'ennui" pas loin de la Plage de Chacala. Pour l'écrire, Hubert Antoine a suivi le Rio Bravo pendant plus de 3.000 kilomètres:
"3064 kms en 6 jours. La distance entre Luxembourg et Damas. J'aurais pu aller liquider Bashar, hop, rapido, vite fait bien fait. Mais non, en fait de liquide, je me suis juste tapé le Rio Bravo, qui tue pas mal lui aussi. Depuis mon volcan de Tequila jusqu'à Ojinaga, frontière texane, j'ai précédé les traces des personnages de mon roman en cours, rempli de migrants. Voyez-vous, c'est de l’authenticité que je cherchais. Paysages précis, sensations au degré près, peur des policiers en chapeaux de cow-boy, repas gratuit offert par des assistantes sociales, mezcal à Durango, bordel à Chihuahua. Un vrai Blueberry, le routier. Et mon frère Olivier qui m'accompagnait en Jim McClure. Mes héros sont prêts à refaire le chemin en suivant les lignes que je vais rapidement écrire, maintenant."
A suivre donc, non sans avoir répondu à la question: combien de tequilas avant de raconter ça?






vendredi 23 mars 2018

Saison 4 de l'attachante saga "Sauveur & Fils"

Marie-Aude Murail. (c) Claudie Rocard.

Combien de parts pour faire un quatre-quarts? Quatre, me direz-vous. N'y aurait-il toutefois pas place pour une cinquième? Même petite? C'est l'idée qui surgit en achevant la "Saison 4" de la formidable saga romanesque "Sauveur & Fils" de  Marie-Aude Murail (l'école des loisirs, Médium, 302 pages). Question que je m'étais posée à la sortie de la saison 3, moment où la 4 était déjà annoncée: "Bonne nouvelle que ce tome 4, même si le problème de la fin se reposera peut-être à sa sortie." Hahaha.

Car au terme de la "Saison 4", plus familiale, moins psy peut-être que les  précédentes, tout aussi palpitante, attachante et émouvante, on se rend bien compte que Marie-Aude Murail clôt des tas de sujets. Mais elle en ouvre d'autres, et de fameux. Sans oublier ceux en latence, comme les questions de Lazare, le jeune fils de neuf ans du psychologue de la Rue des Murlins à Orléans.  Qu'en penser? Est-ce fini ou y aura-t-il une "Saison 5"? Pas de réponse claire de la romancière pour le moment, qui ne dit ni oui, ni non. Ce qui laisse tout imaginer.

D'autant que la "Saison 4" est la plus réduite en durée de temps, cinq semaines seulement, du 4 janvier au 7 février 2016. Mais quelles semaines! Pour mémoire, la "Saison 1" (lire ici) court sur six semaines, du 19 janvier 2015 au 1er mars 2015, la "Saison 2" (lire ici) sur six semaines également, du 7 septembre au dimanche 18 octobre 2015, la "Saison 3" (lire ici) embraie directement sur la deux et court sur deux gros mois, du dimanche 18 octobre 2015 au vendredi 25 décembre 2015.

Passé le bref résumé des épisodes précédents, le volume 4 commence directement dans la salle d'attente de Sauveur Saint-Yves, psychologue clinicien, quadragénaire athlétique malgré son maigre souci pour la diététique, venu de la Martinique. Deux nouveaux patients y discutent. Une mère et son fils. Madame Luciani et Jean-Jacques Luciani, un grand gamin de vingt-deux ans qui ne quitte plus sa chambre depuis deux ans. Pareil que les hikikomoris japonais. Un problème des jeunes d'aujourd'hui, que Marie-Aude Murail se devait d'aborder dans sa chronique des maux contemporains. Ces jeunes sont "normaux", mais n'ont "plus envie".

Un autre nouveau duo mère-fils aîné fera également son apparition, Madame Naciri, son gros sac à main vissé à elle et ses insomnies, dont le mari est retourné au bled, la laissant avec leurs trois enfants, Solo, surveillant-chef à la prison du coin, Kamil, 14 ans, en décrochage scolaire, Ghazil, 13 ans, bonne élève.

On retrouvera Ella, treize ans, qui participe à un concours d'écriture sous son nom préféré, Elliott. Ainsi que son père, Camille Kuypens, en désintoxication alcoolique. Les sœurs Carré, Margaux et Blandine, toujours à se chamailler mais s'adorant plus que tout, sont également présentes. Et Frédérique, qui ignore que Jovo est son grand-père et consulte une voyante. On verra les trouvailles de la toute petite Maïlys pour rentrer dans le lard de ses parents et ainsi se faire remarquer d'eux.

On découvrira les nouvelles idées pédagogiques de l'institutrice Madame Dumayet et les inquiétudes qu'elles peuvent susciter chez elle. On recroisera des hamsters et même des cobayes, rendant enfin plausibles les photos de couverture des romans.

Voilà quelques éléments du côté du cabinet de consultation. Il y a encore le semi-cabinet, avec Samuel, chaque semaine dans un bar, devant un croque-monsieur, un croque-madame et des bières. Samuel qui tente toujours d'échapper à sa mère ultra-possessive et se soucie autant de son père qu'il vient de retrouver que des filles qu'il n'arrive pas à séduire.

Chaque fois, Sauveur va aider ces patients à exprimer leur mal-être, à dire ce qui va et ce qui ne va pas, à formuler leurs rêves, leurs espoirs, à se confronter à leur passé et à leur présent. A sa manière, discrète, patiente, persévérante, efficace, en pleine empathie et, le plus souvent, dotée de résultats.

Côté maison, cela remue pas mal. La relation entre Sauveur et Louise a repris à fond. La rue des Murlins est toujours aussi pleine, entre Lazare, son pote Paul, Gabin, installé au grenier, Jovo au rez, les rongeurs et les séries télé sur le canapé. Sans oublier Louise, de plus en plus présente, et Alice, sa fille, adolescente qui mûrit doucement entre les volte-face de son père. C'est plein de vie et plein de soucis aussi, certains qui se résolvent et donnent de grands bonheurs, d'autres qui inquiètent et consument. C'est plein de vie, de projets dont certains fondamentaux et donc de questions sur l'avenir.

Résolument du côté des jeunes en proie à trop de problèmes, Marie-Aude Murail nous présente des héros attachants parce que vivants, on pourrait les croiser au coin de la rue, vivre leurs histoires, qui trouvent des appuis grâce auxquels ils peuvent avancer. Ce qui permet aussi de bien s'amuser dans cette saga romanesque qui porte bien son nom, qui aime qui?, qui va gagner? que va-t-il faire?, de rire et de sourire en parallèle aux scènes d'émotion. Tout simplement parce qu'on s'y sent bien.

Voilà pour "Sauveur & Fils".

Il reste deux actualités liées à Marie-Aude Murail.

  • C'est ce lundi 26 mars que seront annoncés les prix Andersen de l'IBBY dont MAM est finaliste (lire ici).
  • A la rentrée littéraire 2018, Marie-Aude Murail fera son entrée en littérature adulte avec un livre de mémoires familiales, "En nous beaucoup d'hommes respirent", aux  Editions de L'Iconoclaste.




mardi 20 mars 2018

Un homme et une femme version Baricco

Détail de la première histoire. (c) Futuropolis.

Bien sûr, "Trois fois dès l'aube" est au départ un roman attachant et plutôt déconcertant d'Alessandro Baricco (traduit de l'italien par Lise Caillat, Gallimard, 2015, Folio, 2016), où deux personnes, un homme et une femme, se rencontrent trois fois sans que ce soit vraiment possible puisque leurs âges n'évoluent pas en parallèle. Trois histoires nocturnes et fortes qui se terminent à l'aube sur un nouveau départ, contées dans la liberté que s'offre l'écrivain italien.

Aujourd'hui, "Trois fois dès l'aube" est aussi une remarquable bande dessinée grand format dont le titre a été légèrement modifié, "trois" est devenu "3". Cela donne "3 fois dès l'aube" (Futuropolis, 104 pages), dont le récit adapté de la traduction française du roman d'Alessandro Baricco est signé Denis Lapière et les illustrations Aude Samama. Le temps y est évidemment celui du récit initial, un Temps anormal qui n'existe pas au quotidien.

Hôtel Ambassador. (c) Futuropolis.

On y retrouve les trois récits des trois rencontres entre cet homme et cette femme, dans la chronologie taquine de l'auteur. Alessandro Baricco, écrivain, musicologue, auteur et interprète de textes pour le théâtre, toujours traduit par Lise Caillat, né à Turin en 1958. La même année que le Belge Denis Lapière qui adapte son roman "Trois fois dès l'aube" en bande dessinée. La même année que moi. Alessandro Baricco, lauréat du Prix Médicis étranger 1995 pour son premier roman, "Château de la colère" et qui s'impose avec "Soie" comme un des grands écrivains de la nouvelle génération. L'album est remarquablement illustré par Aude Samama qui a choisi de ne pas border ses peintures et ses dessins de cadre noir. Ce qui permet d'apprécier son travail sur la couleur et la matière, parfois dans le style d'Edward Hopper mais pas toujours. Découpant ses pages en autant de cases que nécessaire pour mettre au mieux le récit en images, c'est elle qui porte véritablement l'album, dont le texte est réduit au minimum.

On suit les trois aubes, à l'hôtel Ambassador ✩✩✩, à l'Hôtel du Centre ✩✩ et à l'Hôtel Univers ✩✩.

Dans la première, un homme assis dans le hall dans l'hôtel sympathise avec une femme qui vient d'y entrer. Après un malaise de celle-ci, il l’héberge dans sa chambre. Il lui raconte un peu sa vie. Etait-ce une découverte pour elle, se demande-t-on à la fin de l'histoire, le soleil arrivé.

Rencontre dans le hall. (c) Futuropolis.

Dans la deuxième, un portier d'hôtel déjà un peu âgé tente de venir en aide à une jeune cliente dont le compagnon s'avère être un individu violent et dangereux. A l'aube, ils sortent dans les rues et il lui confie une part noire de son passé.

Course-poursuite. (c) Futuropolis.

La troisième présente l'homme quand il était encore l'enfant qui a assisté à la mort de ses parents dans l'incendie de leur maison et qui se trouve en compagnie d'une inspectrice de police, à la veille de sa retraite, qui veut le conduire en lieu sûr après ce drame.

Echange de confidences. (c) Futuropolis.

Chaque fois, ces douloureuses histoires de nuit se terminent à l'aube sur un nouveau départ. Elles sont toutefois bien plus que cela, tant elles croisent leurs personnages, leurs récits, qu'elles multiplient les coïncidences et les détails que l'illustratrice excelle à rendre. Ensemble, elles constituent un récit unique qui tord la logique du temps et présente deux humains dans leur force ou leur détresse.


Aude Samama a illustré d'autres albums chez Futropolis mais aussi "A l'abandon" de Laurence Tardieu (Naïve, 2009), "La cuisine du Cahier bleu" de Jacqueline Aubenas (Les Impressions Nouvelles, 2012) ainsi que des romans jeunesse.





lundi 19 mars 2018

La Rue de Flandre sous la plume d'Edgar Kosma

Edgar Kosma.

Un trajet en métro, en tram ou en bus? Une attente imprévue à cause d'un rendez-vous ou d'un train en retard? L'envie de lire une histoire complète en peu de pages avant de dormir? Le bon plan de prendre un abonnement hebdomadaire (différentes durées possibles) à une nouvelle inédite, due majoritairement à un auteur belge? La collection "Opuscule" des Editions Lamiroy est pour vous.

Tous les vendredis depuis le 1er septembre 2017, elle vous envoie par la poste une nouvelle, à petit prix (4€ +1€ de frais de port), sous enveloppe en papier vitrail - on peut aussi trouver les "opuscules" en librairie. Page de titre élégante, impression soignée réalisée en Belgique, format s'adaptant à toutes les poches, ces précieux opuscules d'une cinquantaine de pages permettent d'avoir toujours un petit bout de livre à se mettre sous la dent.

Vendredi dernier a paru "L'assassin n'habite pas Rue de Flandre" d'Edgar Kosma (Lamiroy, "Opuscule", 50 pages), le 29e titre de la collection. Une nouvelle en cinq personnages et autant de chapitres qui se déroule évidemment dans le quartier de la rue de Flandre, près de la Bourse, à Bruxelles. On y rencontre d'abord l'étrange personne qu'est l'Américain, un peu simplet mais fort gentil, qui a pour passion de photographier les filles qu'il croise de dos.

L'Américain, un homme de très petite taille, à casquette de base-ball. Il ne sait rien de la vie et apparaît d'une naïveté inouïe. Surtout quand son chemin croise celui d'une jeune Française exilée à Bruxelles pour ses études. Surtout quand les derniers clichés qu'il a fait développer chez le photographe local éveille de graves soupçons chez ce dernier. En une langue précise, finement observatrice, Edgar Kosma campe remarquablement ses personnages qui évoluent dans ce coin de Bruxelles qu'on reconnaît bien tout en tissant une intrigue qui tient en haleine jusqu'à la fin.

Opuscules parus et à paraître

  1. Eric Neirynck: "L'apostrophe Bukowski" (1er septembre 2017)
  2. Thierry Coljon: "TCJ n'existe pas" (8 septembre 2017)
  3. Isabelle Wéry: "Fumer des Gitanes" (15 septembre 2017)
  4. Jacques Mercier: "Des matins lumineux" (22 septembre 2017)
  5. Marc Meganck: "Juste une nuit comme avant" (29 septembre 2017)
  6. Mario Guccio: "Lettre d'amour sous influences" (6 octobre 2017)
  7. Adeline Dieudonné: "Seule dans le noir" (13 octobre 2017)
  8. Carlos Vaquera: "Ailleurs" (20 octobre 2017)
  9. Marc Alpozzo: "Lettre au père" (27 octobre 2017)
  10. Véronique Bergen: "Émeutes en milieu urbain" (3 novembre 2017)
  11. Jean-Louis Sbille: "Le 18, tram magnifique" (10 novembre 2017)
  12. Charlotte Dekoker: "Un supermarché nommé désir" (17 novembre 2017)
  13. Alain Doucet: "Omelette" (24 novembre 2017)
  14. Marka: "Pee Bee" (1 décembre 2017)
  15. Colette Boucart: "Le catalisseur" (8 décembre 2017)
  16. Ziska La rouge: "Le goût de tuer" (15 décembre 2017)
  17. Pascal Houmard: "Pluie mortelle" (22 décembre 2017)
  18. Sandra Di Silvio: "Souris!" (29 décembre 2017)
  19. Pierre Graas: "Le Domaine des Oiseaux" (5 janvier 2018)
  20. Jacques Cauda: "L'amour la jeunesse la peinture" (12 janvier 2018)
  21. Patrick Delperdange: "Si le cœur nous en dit" (19 janvier 2018)
  22. Jean Vincent: "La vie amoureuse de Jacques Gamblin" (26 janvier 2018)
  23. Xavier Vandemergel: "Quand on n'a que l’amour" (2 février 2018)
  24. Hugues Hausman: "Slow dating" (9 février 2018)
  25. Marie-Jo Vanriet: "Les pommes" (16 février 2018)
  26. Céline Scoyer:  "Hamleteke" (23 février 2018)
  27. Brice Depasse: "Ob-La-Di, Ob-La-Dan" (24 février 2018)
  28. Pierre Guyaut-Genon: "Wight Spirit" (9 mars 2018)
  29. Edgar Kosma: "L'Assassin n'habite pas Rue de Flandre" (16 mars 2018)
  30. Pierre Hoffelinck: "Le don d'Erik" (23 mars 2018)
  31. Jeremy Bouquin: "Jane" (30 mars 2018)
  32. Thierry Zaman: "Le semeur de livres" (6 avril 2018)
  33. Félix Polak: "Atomium 2018" (13 avril 2018)
  34. Kate Milie: "Muséum" (20 avril 2018)
  35. Raoul Reyers: "Casus horribilis" (27 avril 2018)


Il est aussi possible de prendre la collection "Opuscule" en marche, comme l'indique son site.




samedi 17 mars 2018

"Tous les commerces pouvaient fermer sauf un"


La Belgique s'apprête à se souvenir la semaine prochaine des attentats du 22 mars 2016. Plusieurs livres-témoignages sont sortis à ce propos. Tout récemment, celui de Walter Benjamin, "J'ai vu la mort en face, une vie après l'attentat" (lire ici), un peu plus tôt, celui de Mohamed El Bachiri, "Un jihad de l'amour" (lire ici).

Il y a désormais aussi une petite plaquette gratuite qui sera en librairie le 22 mars, "La patience des arbres" (ONLIT éditions, 16 pages). Une autre perspective sur ces terribles événements, complémentaire. Celle d'un libraire québécois arrivé à Bruxelles la veille des attentats et qui, bouleversé, a pris, contre la terreur, le parti de célébrer le livre et ses passeurs, les libraires.

Jérémy Laniel. (c) Sandra Lachance.
Ce libraire québécois est Jérémy Laniel, qu'on peut entendre sur les ondes de la "Librairie francophone". Il y a deux ans, le 21 mars 2016, en fin de soirée, il débarque à Bruxelles pour y passer quelques jours. Etape obligée: un cornet de frites sur la Grand-Place. Le lendemain matin, il est réveillé par des appels intercontinentaux sur son téléphone portable. Il comprend vite. Plusieurs attentats terroristes ont frappé la ville où il se trouve. Avec un bilan lourd: 32 morts et 340 blessés. Devant la difficulté à concevoir ce qui se passe, il écrit un texte, à la fois de réflexion, faut-il ouvrir la librairie à l'heure habituelle?, et d'engagement, pourquoi il FAUT ouvrir la librairie. Car, pour lui, les livres, les lecteurs et les "passeurs" sont le rempart contre la terreur.

Extrait.
"A moi s'imposait l'idée qu'entre tous les commerces, tous pouvaient fermer, sauf un. La journée où les bombes et les balles feraient fermer les librairies, nous aurions perdu. À onze heures, comme l'indiquait l'horaire sur la porte, nous avons ouvert le grillage et déverrouillé la porte. Et nous avons attendu."
Ce texte bref et fort, à la fois venu des tripes et étayé de points de vue et de citations d'écrivains,  a été tiré à 8.000 exemplaires. Il sera en librairie le 22 mars. A partir de cette date, il pourra aussi être téléchargé sur le site de la maison d'édition. Hors Belgique mais en Europe, l'exemplaire papier peut être réservé sur le site moyennant deux euros de frais de port..

Pierre de Muelenaere, de ONLIT Editions, explique la démarche: "En tant qu'ancien libraire, j'ai été particulièrement touché par ces mots. Il m'a paru juste de les publier de manière à ce qu'ils puissent être diffusés le plus largement possible. La plaquette, tirée à 8.000 exemplaires, est donc gratuite. Vous pourrez la trouver chez votre libraire le 22 mars."




mercredi 14 mars 2018

PEP: "Monsieur Origami" en Folio


PEP = passage en poche.

Plaisir d'apprendre que vient de sortir en édition de poche, l'étonnant et excellent premier roman de l'Italo-Belge Jean-Marc Ceci, "Monsieur Origami" (Gallimard, Folio, 157 pages), découverte de la rentrée littéraire de l'automne 2016. Pour en savoir davantage sur ce livre, c'est ici.


mardi 13 mars 2018

Givenchy et Audrey Hepburn, amis pour la vie

(c) Versant Sud.

On a appris hier le décès à l'âge de 91 ans du couturier français Hubert de Givenchy, survenu le samedi 10 mars. L'artiste né le 20 février 1927 s'est éteint dans son sommeil. Maître de l'élégance parfaite, créateur de la célèbre "petite robe noire", Hubert de Givenchy avait son nom associé à celui de Audrey Hepburn. Ils furent de très grands amis, super attentifs l'un à l'autre jusqu'au décès de  l'actrice britannique en 1993.

Le fabuleux couturier avait été le sujet d'une grande et longue rétrospective de son oeuvre l'an dernier à la Cité de la dentelle et de la mode de Calais (du 16 juin au 30 décembre 2017). Il avait aussi été célébré précédemment à La Haye par l'exposition "Hubert de Givenchy, To Audrey with love" (du 26 novembre 2016 au 26 mars 2017).

C'est à cette occasion que l'auteur-illustrateur néerlandais Philip Hopman a publié un album jeunesse (dès 6 ans) que les éditions bruxelloises Versant Sud ont repris l'an dernier en traduction: "Hubert de Givenchy, pour Audrey avec tout mon amour" ("Hubert de Givenchy, voor Audrey, met liefs", traduit du néerlandais par Aline Gustot, Versant Sud, 32 pages, 2017). Un livre que je me suis empressée de ressortir de ma bibliothèque à l'annonce de la mort du couturier.

Les robes de Givenchy en haut, les malheurs vestimentaires d'Audrey en bas.

Plaisir de découvrir les images, jetées rapidement sur le papier, que ce soit dans les vignettes ou dans les vues d'ensemble. L'album se découpe entre partie haute et partie basse, retraçant en parallèle les destins de Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn, nés à deux ans d'intervalle. Une autre bonne idée. Mais le texte! Quelle pauvreté stylistique, quelle platitude, que d'arrangements aussi avec la réalité alors que le livre n'est pas présenté comme une fiction. Oui, Audrey Hepburn a habité dans un château, mais pas à sa naissance et durant son enfance qui s'est déroulée dans la commune bruxelloise d'Ixelles et à Linkebeek, dans la proche banlieue de la capitale belge. Oui, elle a déménagé à Londres mais elle y a suivi sa maman. Oui, elle s'est fait remballer par le couturier alors tout au début de sa carrière mais elle l'a "séduit" lors d'un dîner auquel elle l'a convié. Il manque aussi au livre des dates qui auraient été utiles, une chronologie qui aurait pu apparaître en note finale, des éléments informatifs comme le nom des acteurs évoluant autour d'Audrey Hepburn ou le titre des films dans lesquels elle a tourné et auxquels le texte fait allusion.

Les débuts en parallèle de l'un et l'autre. (c) Versant Sud.

Bref, je suis aussi partagée par cet album. Pour le reste, il est fort réussi sur le plan graphique, joyeux, enlevé, autant quand il présente les créations du couturier que quand il propose par exemple des gammes sur l'ensemble noir d'Audrey Hepburn que les filles et les garçons du temps se sont approprié. Et il rend bien compte de l'exceptionnelle amitié inspirante que les deux artistes ont entretenue.

Un ensemble noir qui plaît.

Le début de "Hubert de Givenchy, pour Audrey avec tout mon amour" peut être lu ici.




Le titre de l'album rappelle évidemment celui du beau livre, hélas épuisé, que Hubert de Givenchy a réalisé pour sa belle en 2014,  "To Audrey with love" (Imagine éditions - Saint-Cloud, 2014, 238 pages). Il lui déclare son amour à travers 150 dessins de mode inédits, les croquis des tenues qu'il dessinait pour sa muse et amie, et des anecdotes personnelles ainsi que diverses pensées. Un album de vie par un monsieur qui était déjà dans son grand âge.